Ici les Vieux Billets d'humeur...
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29 décembre: Ce bon vieux Noam CHOMSKY et la manipulation
Hier matin, il devait être onze heure trente, nous étions attablé sur la terrasse du « Cercle ». Les platanes heureusement dépouillés de leurs feuilles laissaient largement filtrer un soleil étonnant pour décembre... 24° devant la vitrine du bar, il y a des gens à Maubeuge ou à Ozoir la Ferrière qui doivent en rêver. Mr Beaucomme notre vieil instituteur, la grosse Rosette et son mari Dan partageait mon apéritif anisé. Fitou, le chien de Josette échappé de sa maison, nous avait rejoint et tentait une hasardeuse copulation avec la roue du fauteuil d’handicapé de Captain Dan. Le printemps précoce, peut-être... ? C’est sur ce problème du climat qu’avait débuté notre discussion. Une discussion sereine calmement accompagnée du bruit de presse hydraulique de Rosette mastiquant une pelle de cacahuètes à chaque bouchée. Mr Beaucomme nous expliquait ce que la mère de Napoléon résumait dans cette courte phrase « Après moi, le déluge... », et que le linguiste nord américain Noam Chomsky (cliquez ici) à théorisé dans le chapitre 4 de son ouvrage sur la « Manipulation des Masses ». Je cite de mémoire « ...Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu... » Mr Beaucomme (un instant interrompu par Captain Dan irrité par un renvoi de son épouse ayant fait atterrir cent grammes de reliquats baveux sur son pantalon avant qu’il ne jette rageusement l’assiette de cacahuète à l’autre bout de la place), Mr Beaucomme, donc, évoquait les problèmes liés à l’écologie et à la survenance différée des solutions à apporter pour la sécurité de nos enfants. Chacun d’entre nous était conscient que, par exemple, le risque des centrales nucléaires était toujours à l’ordre du jour. Nous étions tous d’accord hormis Rosette qui, avant de se prendre une superbe beigne par son époux, avait déclaré « Chez nous elles sont sûres, Nicolas l’a dit... ! ». Vous n’avez pas oublié le culte qui habite la grosse femme pour l’homme de taille modeste, jeune père de famille locataire de l’Elysée où il partage la vie de l’ancienne groupie de Mick Jagger. Alors que Rosette quittait la table en hurlant devant les commerces voisins que son mari gagnerait à se rapprocher des populations mâles grecques (pas pour les finances mais pour la sexualité supposée...) Mr Beaucomme nous donna le coup de poignard final concernant le rôle involontaire (involontaire... ?) des médias dans cette manipulation en nous posant la question suivantes : « Que c’est-il passé à Fukushima cette semaine... ? ». Silence de tous... ! Il ricana alors : « Au moment de l’accident vous aviez une info toutes les cinq minutes, aujourd’hui plus rien... Vous pensez que le problème est réglé ? » Même silence de nous tous... ! Il compléta alors en disant qu’un simple entrefilet avait révélé que bien au-delà du périmètre de sécurité, le taux de contamination était supérieur à 40 fois le taux admissible pour la santé humaine... « Chapitre 1 de Mr Chomsky... Théorie de la Manipulation des masses par la Distraction... Une soirée sur Miss France, Mario Ancellotti au PSG et le bêtiser de Noël sur toutes les chaînes... ». Il conclut par la phrase de César « Panem et circences »...Du pain et des jeux, rien n’a changé ! C’est Fitou, l’innocent épagneul qui mit un point final à notre apéritif par un râle signifiant l’arrivée à son terme de son accouplement contre-nature avec la roue du fauteuil de Dan. Joyeuses Fêtes.30 novembre: L'Automne Arabe, Dieu se glisse-t-il dans le jeu... ? et Hayat El Yamani
Le lundi, parfois, le bar du village ferme ses portes. C’est assez rare mais lorsque cela se produit, les patrons, Justin et Fine, doivent se sentir un peu trop seuls chez eux. Aussi, dans leur appartement du premier étage, invitent-ils les habitués de leur commerce. Avant-hier au soir nous retrouvions presque au complet autour de la table. Mr Beaucomme, notre vieil instituteur. Josette Roucas, désormais célèbre jusqu’à Honolulu, viticultrice et confidente de Paris Hilton, la jet-setteuse dont l’utérus est régulièrement en photo sur internet. Maître Babalou, avocat rondouillard au barreau. Mister D, menuisier à la retraite et sex addict de réputation cantonale. Bert le plombier, ouvrier membre de la CGT, amoureux des tubes et donc fan à vie de Johnny Halliday. Captain Dan sur son fauteuil roulant et son épouse, la grosse Rosette, toujours au chômage et néanmoins militante de la section locale de l’UMP. Je fermais la table avec, à mes côtés, mon pote Kadour, enseignant de philosophie originaire de ces pays printaniers où fleurissent ces temps derniers révoltes, élections et compromission. Fine nous avait fait une daube de sangliers accompagnée de pates « sales » saupoudrées de fromage. Un régal, léger pour le soir et hormis Rosette qui en redemanda une brouette, nous tombions tous, après le dessert, dans une heureuse somnolence, l’estomac écrasé de trop de gourmandise. Comme Ernest le Pégot, cordonnier rapatrié et raciste n’était pas de nôtres (il ne veut fréquenter Kadour ni de près ni de loin. Il dit qu’après avoir quitté Oran, si cela continue, il va devoir quitter le village sous les armes d’un FLN secret anti pied-noir...), donc en son absence, c’est Mister D, amoureux de la rhétorique violente, et de ce que les sémiologues appellent aujourd’hui « l’injonction paradoxale » qui mit fin à l’apaisement qui succède toujours à la daube de sanglier. « Ah, ils ont tout gagné, les melons... Ils peuvent être contents ! » Chacun de lever un œil surpris devant cette injonction (voir plus haut) car se doutant bien que ce n’était pas des fruits de Cavaillon dont il évoquait la chance. Rosette, après un rôt qui ne manquait pas d’évoquer une course de « boosters » dans une cathédrale, s’essuya l’orifice lippu et sans fond qui lui sert de bouche. « Oh, tu vires FN toi... ! » Son mari, depuis le bout de la table et de son fauteuil d’infirme lui asséna une de leurs gentillesses habituelles : « Comme ton UMP, grosse connasse... » Vous noterez au passage la limpidité des échanges de nature politique au sein de ce couple. Faisant mine de n’avoir rien entendu, Mister D, prenant Maître Babalou à témoin (le comble si l'on considére sa profession...) demanda : « N’est-ce pas, Maître, que ces élections chez les arabes ne disent rien qui vaille... ? » L’avocat, actuellement candidat pour être bâtonnier de son barreau, se garda bien de trancher. Le consensus, il le sait bien, cela se travaille et cela reste le garant d’une bonne élection. « Cela dépends de quel côté on se place... » . Phrase sans intérêt sinon celui de faire rebondir Mister D avec plus de vigueur : « Regardez, on nous a bassiné les oreilles avec le printemps de Jasmin, la révolution de ceci ou la révolte de cela... Si on fait le point aujourd’hui, que constate-t-on ? L’Egypte est sous l’autorité de l’armée et les islamistes gagnerons les élections en cours aussi facilement que deux et deux font quatre. La Tunisie a déjà voté pour ces mêmes islamistes, lesquels ont gagné celles concernant le semblant de démocratie monarchique au Maroc...La Lybie dit qu’elle appliquera la loi de l’Islam...L’armée tient toujours l’Algérie, celle de Damas fait des cartons avec ses tanks sur les civils et celle du Yémen n’est pas décidée à laisser filer sa marionnette, le président Saleh... » Alors, Kadour se tourna vers lui en disant : « Et où veux-tu donc en venir, avec ton analyse... ? » Bert le plombier se leva (en fait, titubant un peu du fait d’un peu trop de vin rosé) et debout devant son assiette sale, tel Staline s’adressant aux foules il pointa l’orateur du doigt « Tu es un suppôt du capitalisme de droite qui ne pense qu’à asservir les peuples... » « Là je crois que tu te trompes. C’est de Rosette et de l’UMP dont tu dois vouloir parler... » C’est Captain Dan qui ricanait sur son fauteuil à roulettes ! Puis Bert retomba sur sa chaise où il entreprit avec ferveur de se gratter l’entrejambe, signe chez lui d’une intense réflexion, souvent préalable à l’endormissement. Notre vieil instituteur était resté silencieux durant ces échanges. Il fit alors entendre sa voix fluette au fort accent lyonnais : « Nous avons eu le sabre et le goupillon, ils auront le cimeterre ou le turban... ». « Mais je crois qu’il faut croire en l’homme... » fit Kadour et le vieil homme de lui rétorquer « C’est là que tu es dans l’espérance Kadour. Mais le mérite-t-il ? » Le silence revint sur ces paroles lourdes de sens. Un ultime rôt de la grosse Rosette fit trembler les vitres de la salle à manger, mettant un point final à notre discussion.
Allez, un peu de littérature maintenant. Très pris par les rendez vous, salons et autres dédicaces, j’ai peu lu cette semaine. Alors un petit conseil, juste un très bon livre d’Hayat el Yamani : « Rêve d’envol ». Une mère exige d’un enfant qu’il remplace son frère mort pour bénéficier d’aides et de scolarité... On dit que l’histoire est basée sur des faits réels. L’auteur est originaire du Maghreb, elle est femme et tout le texte est teinté de la sensibilité du Sud. Un livre qui résonne à l’actualité que nous venons d’évoquer. Bonne lecture, portez vous bien et Banzaï !
21 novembre 2011: L'égalité selon François Fillon... et la Fête du Livre de Toulon
Je suis allé prendre l’air au village car les trois jours passés sous le chapiteau de la Fête du Livre m’avaient un peu « compressé le citron » (terme trivial signifiant un fort mal de tête). En effet, malgré quelques types de haute qualité, à la plume acérée et magnifique, demeuraient au fil des stands et des allées, quelques sales cons, que la réussite dans les métiers du spectacle semblait autoriser à se prendre « pour un autre ». Je n’irai pas plus loin mais mon voisin de table, acteur de très grande réputation, ne se comporta pas comme l’humain habituel. Exigence et prétention...Nous ne partageâmes pas le moindre instant ni le moindre mot et je m’en félicite ...« J’me comprends... ! » comme le dit Elie Seimoun qui aurait été un meilleur compagnon ! Donc voilà que je "descends" au village et que je croise assis sur un banc de la place deux citoyens que vous commencez à connaître : Kadour fonctionnaire arabe enseignant la philosophie à des têtes vides et Bert le plombier, salarié du privé dans le domaine des canalisations fuyardes ! Le plan du premier ministre semblait être le centre de leur discussion courtoise (une fois n’est pas coutume). Je m’assis avec eux rejoint dans la minute par notre instituteur, Mr Beaucomme. Je vous résume l’essentiel de notre conversation, émaillée de rires amers : Lorsqu’un salarié du privé (Bert par exemple) est malade, il a 3 jours de carence durant lesquels il n’est pas couvert par le régime maladie. (D’ailleurs, s’il est trop souvent malade, il se fera virer...). De son côté, Kadour qui est enseignant et salarié du public, s’il est malade (ce qui n’arrive jamais car ils ont une putain de constitution ces ressortissants de musulmanie... !) sera remboursé et couvert dès le premier jour. Ce n’est pas équitable... Alors, notre premier ministre, homme dont les équations du premier degré de la classe de seconde ont disparu de la mémoire, a annoncé que désormais les fonctionnaires ne seraient pas payés le premier jour ! Noble discours qu’il faut entendre jusqu’à la fin : « Par équité, un jour aussi sera ajouté au délai de carence des salariés du privé...quatre jours donc ! » Pour se résumer trois pour zéro n’était pas juste, quatre pour un le devient ! On marche vraiment sur la tête ! Bert nous regarda en rigolant : « Toutes façons, Choi (c’est son boss...) si t’es malade, il te soigne... » Et nous partîmes tous d’un rire triste, laissant, vers le bas du village, se porter notre regard vers le Baou et le Rouve en imaginant le grand pont de béton qui traversera notre vallée (voir page LGV « le Gros Vié », onglet en haut...)...Triste époque !
16 novembre 2011 Fête du livre à Toulon avec des toulonnais...! Marcel, Misé, Michel et Beù . Tout un programme !
Le week-end prochain, se déroule à Toulon l’événement littéraire de l’année. Naturellement, lors de mon passage quotidien au bar du village, les salutations de mes copains sont assorties de la traditionnelle question : « Oh Beù ! (prononcer « béou » ce qui veut dire « beau » en provençal et qui doit leur sembler un surnom approprié...rires) Tu fais la fête du livre ? ». N’allez pas croire qu’ils y viendront ou même qu’ils achètent parfois des bouquins. Non, dix fois non ! Mais pour eux cela signifie que je fais partie des « peoples », des gens dont on parle et, ainsi, c’est aussi un peu d’eux dont on parle. En fait, ma réputation n’a pas le niveau qu’ils imaginent mais les détromper serait interprété comme de la fausse modestie. Alors je leur raconte les gens que je rencontre parfois et cela leur va bien. Enfin, pas à tous ! Hier à l’apéro, je racontais à la grosse Rosette, chômeuse de 112 kg pour 1m35 sous la toise, ma rencontre (par table de restaurant interposée) avec Jean Louis Debré à l’occasion d’un dîner durant le salon de Brive. Rosette étant une militante UMP de la plus grande servilité, toute allusion à un quelconque de ces membres influents provoque sur elle une émotion très forte suivie d'un gémissement très proche de celui qui précède l’orgasme. « Oh ! Putain...Jean Louis ! », fit-elle dans un râle sourd filtrant au travers de ses dents serrées, comme si l’ancien président de l’Assemblée Nationale lui titillait la friandise. C’est alors que se présenta, 80 cm sous notre champ de vision, son mari, Captain Dan, son fauteuil d’handicapé cognant violemment contre le comptoir. Si Rosette est de droite, son mari serait plutôt du genre anarchiste. Comme quoi, les extrêmes trouvent parfois des terrains d’entente. Il se signala immédiatement par une parole affectueuse à l’endroit de son épouse : « Qu’est ce qu’elle te raconte encore, la grosse connasse ? ». Habitué à ce type de « douceurs » entre les deux époux, je ne relevai pas et me contentait de lui répéter ce que je disais à Rosette, tout en commandant une nouvelle tournée d’alcool anisé. Captain Dan, grandement énervé par mon récit, se permit alors quelques remarques bien senties sur la sexualité des « amis du nain » (je cite) entendant par-là les proches de l’homme de petite taille, fils de l’immigration hongroise et qui préside du haut de ses talonnettes aux destinées du pays. Après, dans un style qui lui est propre, leur avoir conseillé de rentrer en contact avec les populations mâles de Grèce, il se permit d’encourager celles-ci à les conserver comme « à valoir » sur le remboursement de la dette souveraine du pays. Notons donc au passage l’extrême qualité des intervenants qui peuplent notre bistro, car, outre une grande connaissance de certains modes d’accouplement des pays de la Méditerranée, Captain Dan affirmait ainsi sa totale maîtrise des sujets actuels de l’économie internationale. Puis s’adressant à nouveau à son épouse avec cette tendresse qui le caractérise : « Va faire la soupe, chienne fasciste... ! » il leva le bras assez haut pour que le patron aperçoive sa main s’agitant pour réclamer un tournée réservée aux « amis de la gauche » tout en hurlant « Viva la FAI !».(Ndr/ Chanson de la Fédération Anarchiste Ibérique durant la guerre d’Espagne) La grosse Rosette se sentant naturellement exclue de cette famille politique fit deux pas en arrière, posture lui laissant néanmoins l’abdomen contre le comptoir. Puis, avec une lenteur calculée, elle ouvrit son petit couteau suisse et d’un geste sec, creva le pneu droit du fauteuil roulant de son mari ! « Pour la soupe, elle sera prête dans vingt minutes...T’as qu’à monter la manger, sale con... ! » Puis elle s’en fût dignement sous les rires et les sifflets de notre parlement du peuple.
Bon, parlons maintenant de bouquins (ce qui est quand même le propre de ce site). La Librairie Charlemagne invite ce week-end quelques auteurs à l’accent toulonnais marqué. Marqués aussi par leur appartenance au monde du rugby ! Le moment sera bien choisi donc si vous voulez parler avec Marcel Rufo de son livre "Tiens bon !" De plus, avouez qu’il est rare de parler avec un psychiatre de sa réputation sans qu’il ne vous présente sa note d’honoraire (je déconne, Marcel..., je déconne !). De même vous découvrirez l’ouvrage du peintre talentueux Yves Miséricordia et de son acolyte Michel Figarella « Blanche Neige, un conte alchimique » qui propose au lecteur une analyse étonnante du conte des frères Grimm. Enfin, votre serviteur vous recevra avec plaisir sur ce même stand. A vendredi ! (ou samedi ou dimanche...)
11 novembre 2011« La LGV qu’es aco ? » Haruki Murakami et David Lelait-Helo
Je suis rentré de Brive la Gaillarde où j’étais invité à la magnifique foire du Livre. Incroyable un tel salon (premier salon de libraires de France...) dans une si petite ville. Les gens font la queue devant l’entrée comme à Disneyland ! Réellement, très étonnant. Si vous voulez voir la vidéo présentation de votre auteur favori réalisée par l'équipe de l'organisation, cliquez ici. Donc, de retour au village, je pensais étonner tout mes amis du « Cercle » en décrivant les nombreuses rencontres « people » que j’avais faites durant ces trois jours. Mais il se trouve que tout mon petit monde n’en avait rien « à cirer » de mon voyage littéraire car le sujet central était le tracé de la LGV. En effet, tous venaient d’apprendre que les trois tracés (supposés permettre aux niçois de gagner quelques minutes pour Paris, ou aux turinois de traverser la Provence vers la Catalogne à 300 km/h) allaient « manger » une partie des terres de notre village, bêtement alangui au soleil et ignorant des contraintes « incontournables » de la vie au XXIème siècle ou chaque seconde vaut de l’or ! Lorsque je suis arrivé, le vieux Fano était debout devant la devanture du café et observait d’un œil étonné les pancartes de bois et de carton : « Non à la LGV ». Il avait alors posé la question en titre de ce post : « Mais qu’es aco, la LGV ? » Monsieur Beaucomme, notre vieil instituteur, était en train (si j’ose dire...) de lui expliquer, avec force détails techniques, qu’il s’agissait d’une ligne de chemin de fer très rapide, l’avantage d’aller vite vers Paris et les inconvénients du projet de viaduc géant qui nous enjamberait tel les personnages de Gulliver. Comme Fano est arrivé en Provence comme ouvrier agricole à la fin des années 20 et que depuis cette date, il n’a levé les yeux de la vigne que pour s’essuyer le front, vous ne vous étonnerez pas qu’il ait quelques difficultés à juger de l’utilité économique du tracé sud. Alors, nous décidâmes de boire un anis, seule chose intelligente à faire lorsque des problèmes de cette envergure se dessinent à notre horizon de campagne. Comme à son habitude, Mr D, névrosé sexuel connu des services de polices et des clubs échangistes, nous faisait grande dithyrambe sur la chance d’aller au théâtre à Paris en gagnant 20 minutes. Tout le monde rigola, car s’il allait à la capitale, le bougre y rencontrerait plus d’hôtesses libertines qu’il n’y verrait de spectacles. Kadour, mon ami français, prof de philo issu de la seconde génération venue de musulmanie du sud, était beaucoup plus sceptique. « Catastrophe écologique, disait-il, assorti d’un gouffre financier de plusieurs milliards d’euro (euro, toujours au singulier...) pour traverser une ou deux montagnes et déboucher sur un viaduc de science fiction... ». Naturellement, les avis étaient partagés car chacun trouvait plus intéressant le tracé ne passant pas chez lui. Certains, tel Tite le mécano, pensaient que notre économie villageoise allaient toucher des retombées du passage des TGV. « Les retombées du pont ce seront le bruit et la pisse des voyageurs... », fit Captain Dan depuis son fauteuil roulant joliment décoré d’un humaniste panonceau où l’on pouvait lire : « Ingénieurs de la LGV, nous savons où vous habitez et où vos enfants vont à l’école ». Il est bon de préciser ici que Captain Dan, sous l’uniforme de l’OTAN, à perdu ses deux jambes sur une mine au Kosovo... Le genre d’accident et de passé qui vous rendent assez « direct » sur les modes opératoires à mettre en place ! La soirée se termina dans le chahut habituel où tout le monde parle et personne n’écoute. Pourtant le silence se fit lorsque le vieux Fano demanda à la cantonade avant d’être couvert d’un éclat de rire général : « Ma...elle sera où, la stazione, la gare d’el village... ? » Triste époque !
Allons-y maintenant pour la littérature...D’abord, depuis le dernier post, j’ai lu les deux tomes (1100 pages au total) de « 1Q84 » d’Haruki Murakami. Je suis dans l’expectative. L’ambiance « Murakamienne » est toujours bien présente, elle habille le roman de cette brume où ses personnages, petit à petit, s’éclairent à la lueur d’une lune pale. Mais, je me pose la question de ce succès mondial (deux ou trois millions d’exemplaires) et pour avoir lu tout ce qu’il a écrit (j’adore cet écrivain) il me semble que nombre d’autres de ses productions sont de bien meilleure facture. De plus, j’ai attendu que le tome 2 paraisse avant de lire le premier. Je n’aime pas « rester sur ma faim ». Et voilà qu’à l’issue de la dernière page j’apprends que le tome 3 est en cours d’écriture ! Putain, cela ressemble à la saga du petit sorcier... ! Mes filles ont attendu chaque année que sorte le suivant !
Autre recommandation de lecture, le petit bouquin de David Lelait-Helo « Si le bonheur m’était conté » chez Payot. Cinquante contes et nouvelles revues et enrichies par l’auteur (Sigartha, le conteur de Prague...etc.) sur un vrai « ton » de conteur. Il ne s’agit pas là de parler de « style » pour de la lecture mais bien réellement de « ton » pour l’écoute. On peut conter ces histoires, pour certaines à des gosses au coucher et pour d’autres à des adultes autour de la cheminée en buvant un vieil armagnac. Bon, si vous n’avez pas de cheminée ou si vous vivez en ville, le bouquin n’en demeure pas moins un petit outil de méditation. Et ces temps nous poussent peut-être, à cet état !
Alez, Hasta luego, les amis...Triste époque quand même!
20 octobre, Les amendes, Philippe Jaenada, Paul Auster, Desalmand et Stalloni
Voilà... Non seulement nous marchions sur la tête, mais il me semble que certaines décisions de notables régionaux peuvent nous laisser penser que désormais nous nous jetons aussi, ladite tête en avant, par la fenêtre. Vous allez comprendre. Pour tout vous dire, nous passions il y a deux jours (je devrais dire deux soirs) un bon moment au « Cercle ». Comme d’habitude, l’alcoolisation de la majorité rendait les tentatives de retour au calme d’une minorité relativement difficile. Néanmoins, dans ce haut lieu de l’anisette et de l’analyse économico-politique, on pouvait encore s’entendre faute de s’écouter. Nous avions abordé avec un certain succès (pas de blessés) les primaires socialistes et malgré l’évidente contrepèterie dont se gaussait Ernest le Pégot (Cordonnier en provençal) rapatrié et raciste d’extrême droite, un calme provisoire régnait dans le café. Ah... ! Vous n’aviez pas noté la contrepèterie de Martine Aubry... « Gauche molle » ? Pourtant : Gauche molle, Gaule moche.... Facile, non ? Petit coup de canif sur sa vie privée... ? Bon, passons ! Donc après les primaires et la victoire en demi-finale de l’Equipe de France de Rugby il ne nous restait plus beaucoup de sujet de discussion hors la mise sous tutelle de la mamie de Neuilly, sponsor non déclaré de l’homme de taille modeste, de simple culture et d’origine magyar présidant aux destinées de notre malheureux pays. Chacun y alla de sa vision de la chose avec la distance que nous savons prendre, dans notre parlement du peuple, sur les sujets importants. Je cite dans le désordre quelques avis ayant fait progresser notre analyse : « Pauvre connard... Arabe de mes deux qui joue les intellos (c’était à destination de Kadour le prof de philo)...Pourriture de coco (visiblement il resterait encore des communistes...)...On ne devrait pas faire voter les femmes... (Mister D qui les préfère au lit que dans l’isoloir). Le sujet fut clos lors de l’arrivée inopinée de deux gendarmes qui passaient prendre l’apéro, tranquillement et sans aucun dessein d’arrestation. Donc pas de blessés, pas d’arrestations, la salle se couvrit d’une chape de silence dont elle était rarement le site. C’est alors que Mr Beaucomme (notre instituteur depuis plus de 40 ans) se présenta à la porte en déclarant « Mon Dieu, on marche sur la tête... », propos que j’évoquais au début de cet article. Et il s’expliqua : Le maire UMP de Nogent sur Marne a pris un arrêté municipal interdisant de ramasser de la nourriture dans les poubelles. Amende : 38 euros. Se jetant dans cette voie vers la fraternité, notre voisin, le maire de Marseille, membre solide (si j’ose dire s’agissant d’un homme entré largement dans l'âge) membre donc, lui aussi, de ce même parti humaniste, a pris un autre arrêté interdisant la mendicité avec une amende du même montant ! « Comment demander 38 euros à quelqu’un qui mange dans les poubelles... ? » fit Mr Beaucomme, visiblement abattu, devant une assemblée médusée et (pour une fois) unanime. Chacun commenta (sans perdre son calme, ce qui est à inscrire dans nos annales... !) la médiocrité de telles mesures. Le silence s’installa et l’on n’entendait plus que le tintinnabulement des glaçons dans les verres et le craquement des cacahuètes sous les dents. Heureusement, Tite le mécano qui, à l’instar de Pierre Desproges, sait qu’il faut rire de ce qui nous fait peur emporta à nouveau les suffrages en déclarant : « Dans le fond, ceux qui prennent 38 euros de poubelles à Nogent, faut pas qu’ils aillent mendier à Marseille pour payer l’amende... ». Et tout le monde de rire tristement.
Parlons de littérature cinq minutes. Depuis mon dernier post, j’ai lu plusieurs ouvrages mais je vous en recommande deux : « La Femme et l'Ours » de Philippe Jaenada chez Grasset. L’histoire d’un mec qui descend boire un verre parce que sa femme le gonfle et qui va être emporté lors d’une cuite non-stop dans des rencontres et des aventures picaresques. Ses copains ressemblent aux miens, son style et la pensée sous-jacente avec le rire qui parfois l’accompagne, me rappellent Fréderic Dard, philosophe français injustement catégorisé "clown". A Aix, la semaine dernière, je lisais en terrasse en prenant mon café et un type m’a demandé du feu ainsi que le titre du bouquin qui me faisait rigoler. Il avait reconnu la couverture jaune de Grasset et s’étonnait de mon hilarité. A lire !!! A lire aussi, le splendide, le puissant, le magique Paul Auster qui même s’il nous gave un peu avec ses descriptions « longuettes » du base-ball, produit encore un magnifique «Sunset Park » chez Actes Sud. Un enfant (grand enfant quand même, ...20 ans !) quitte sa famille durant sept années pour mettre de la distance entre ses souffrances et une nouvelle vie qu’il souhaite plate et sans émotions pour succéder à la première. Puis il revient chez lui, à New York, pour faire face à son père qu’il adorait, sa belle mère qu’il adorait aussi, enfin faire face à tous ces gens qu’il adorait en les ayant pourtant rayés d’un coup de crayon brutal de l’agenda de son existence. Il squatte à Sunset Park et nous devenons spectateur de sa reconstruction. Vraiment un super bouquin. Bon, il est vrai, que je suis fan d’Auster, Roth, Updike et Murakami (le jap...). D’ailleurs je viens d’entamer le tome 1 de « 1Q84 » (non ce n’est pas une faute de frappe) et je vous en parle lors de mon prochain post. Enfin, pour les amoureux de la langue française, un petit bijou de Desalmand et Stalloni: " Petit dictionnaire des Vraies Fausses citations" chez Albin Michel. Les deux profs remettent en place nombre de citations utilisées à contresens ou hors contexte. Exemple: "Je préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Aron" . Belles recherches pour distinguer dans ces quelques mots le sens premier et s'éloigner du "probable pour le certain". Un petit "dico" qui a sa place sur toutes tables de travail.
Allez"Hasta luego " les amis !
6 octobre 2011 : Marc Archippe, Marc Lievremont et Gilbert Sinoué, belle première ligne !
Voilà une belle semaine : « Généalogie d’un Fantôme » parait aujourd’hui chez Anne Carrière, les « rosbifs » se dessinent à l’horizon de l’équipe de France et je viens de terminer la lecture d’un bouquin formidable. Pour mon roman, la première de couverture est ci-dessus, je ne saurais que vous recommander de courir chez votre libraire. Déjà quelques commentaires fleurissent dans les médias :
« Marc Archippe a en commun avec Le Christ de n’avoir jamais baissé les bras... ! » Encyclique de Benoit XVI « Caritas in Veritate » Juillet 2009
« Je dois avouer que j’ai plusieurs fois interrompu la lecture de Généalogie d’un Fantôme pour aller prendre une douche glacée... ! » Juliette Boisriveaud, Cosmopolitan, octobre 2011
« Pour avoir moi-même vécu ce genre de situation, j’ai longtemps espéré qu’Henry allait bien finir par sauter cette petite gueuse délurée... ! » Jean d’Ormesson in « Mes auteurs de référence », Gallimard, octobre 2011
Comme vous ne manquerez pas de le noter, les sources sont différentes mais le même intérêt semble jaillir à la lecture de mes modestes lignes. Pour ceux que le « visuel » intéresse, vous trouverez ici dans quelques jours les photos des lieux où se déroule l’histoire.
Maintenant parlons un peu de rugby et de ce pauvre Marc Lievremont, dont la presse, en mal de divorces de basketteurs avec des stars de série américaine ou de bus sud africain peuplé de footballeurs décidés à ne pas en descendre, est devenu la cible d’une presse qui ignore le sens du mot sportif. Non contente d’avoir déblatéré sur la qualité de son successeur alors même qu’il partait en campagne, viré avant d’avoir joué, voilà qu’elle lui pose des questions en conférence de presse qui mériteraient un bon « coup de citron ». Mais qui n’a jamais joué au rugby pour oser demander à ce garçon qui vient de prendre 40 points contre les Blacks : « Pensez-vous toujours être champion du monde ? » Au sortir d’un match comme celui-là, empli de rage et de désespoir, il faut qu’un âne qui n’a jamais dû jouer la moindre mêlée ni sauter dans le moindre alignement vienne jeter son acide sur la plaie. Il a répondu « Ta question m’emmerde... », et le monde entier de la presse nauséabonde en a fait ses choux gras. A sa place j’aurais respiré un grand coup avant de lui répondre : « Et toi, sale con, après tes pannes au lit dont tout Paris se goberge, tu penses toujours retrouver ta femme chez toi, lorsque tu rentreras en France ...? » Voilà ce qu’il aurait pu répliquer et pour le coup ce n’est pas pour rien que les tabloïds se seraient emparés de l’affaire. Bon, voilà, j’ai passé ma colère et les Tonga sont venus derrière tout cela pour mettre deux coups de tronche (ils n’ont mordus personne malgré, si on en croit les ethnologues, un proche passé de cannibales...) et relancer la machine à imprimer des conneries. Je ne suis pas d’accord avec Marc Lievremont concernant sa sélection et ses ( ?) options de jeu. Mais j’espère fortement que son équipe battra les anglais et que les journalistes se tâteront deux fois avant de poser des questions à la con. S’il a besoin de moi, je saute dans un avion... Ah non, ce n’est pas possible, mon livre sort aujourd’hui... Dommage !
Troisième thème, la littérature. J’ai lu deux ou trois bouquins depuis mon dernier post mais c’est de celui de Gilbert Sinoué dont je voudrais vous parler : « Inch’Allah, le souffle de jasmin ». Sinoué est historien tant que romancier. Il est franco-égyptien et il nous propose un survol du Moyen Orient depuis 1919 et le partage entre la France et l’Angleterre des territoires repris sur les Ottomans, jusqu’à aujourd’hui. La forme romancée, même si elle est d’un intérêt littéraire assez moyen, rend facile la lecture et le survol de presque cent ans de la vie de trois ou quatre familles égyptiennes, irakiennes, palestiniennes et juives d’avant Israël. Un monument de recherche et de vulgarisation que ce livre traversé par des personnages comme Lord Balfour qui mettra le feu aux poudres, Winston Churchill qui jettera de l’essence dessus et tant d’autres comme Ibn Séoud, Lawrence d’Arabie, Nasser ou Anouar el Sadate, Ben Gourion... Voilà, si vous voulez mieux comprendre ce que nos télévisions vous racontent, lisez ce bouquin. Et le mien aussi...
25 Août 2011 : Grand écran, émeutes et quelques bouquins
La semaine dernière notre village était sous le coup d’un événement majeur : Justin et Fine, les tenanciers du Cercle, invitaient leurs meilleurs clients (c'est-à-dire la quasi-totalité de la population mâle) pour l’inauguration d’un écran plasma géant. Le jeudi soir (jour traditionnellement de faible recette, il n’est pas fou le Justin...) il y avait animation au comptoir et la foule se pressait sur la terrasse. Fine avait fait quelques amuse-gueules et sa « pissaladière » réputée la meilleure de tout le canton. On disait même que l’inutile Paris Hilton, serait présente, ce qui, par bonheur, ne fût pas. En effet elle était à Sainte Maxime, occupée à se faire filmer l’entre-jambes pour un clip au profit des « jetsetteuses » anorexiques. Mais peu importe l’ambiance était chaude au sein de notre petite communauté rurale. Chacun y allait de sa remarque. Bert le plombier et Tite le mécano approuvaient l’investissement de Justin et Fine qui allait permettre de suivre les matches du Top 14 de rugby. Ils ont la télé à la maison mais quand les matches sont diffusés le vendredi, c’est aussi le soir de « Desperate Housewife ». Ce soir-là, ce sont les épouses qui gèrent la télécommande ! La grosse Rosette, 102 kilos et 1m50 sous la toise, chômeuse et encartée à l’UMP, se réjouissait de pouvoir suivre les promesses de réforme de son Nicolas chéri tout en sirotant son anisette. M° Babalou, avocat à la cour et son ami Anselme Beaucomme l’instituteur se félicitaient de pouvoir suivre en direct les mensonges de LCI, tout en cultivant leur alcoolémie vespérale. Naturellement, vers 19h45, Justin brancha l’appareil et nous pûmes suivre, l’anis en main et, tel des écureuils, des cacahuètes rances plein les joues, les informations régionales. Pour une fois, une sorte d’unanimité sembla s’élever contre le projet du préfet qui souhaite édifier une « collectivité territoriale » autour de Toulon, du Lavandou à Saint Cyr sur Mer... ! Comme nous le précisa Mr Beaucomme, un ensemble urbain, une métropole de la taille de Los Angeles. Devant cette étonnante unanimité, fort rare en ces lieux, Justin y alla d’une nouvelle tournée du patron dont tout le monde se félicita tout en réaffirmant que ce préfet devait être un peu « fada ». Et voilà qu’il fut 20h00 et que les chaînes nationales ouvrirent leur journal sur les émeutes en Angleterre. D’abord, il faut bien dire qu’ici, on n’est pas vraiment des supporters des anglais. Vous voyez ce que je veux dire ? Ils nous emmerdent régulièrement au rugby, ils achètent des terrains trois fois le prix et le soleil n’est pas l’ami des aisselles de leurs femmes... ! Néanmoins, c’est avec une certaine compassion que nous observions la perfide Albion aux mains des émeutiers. Le silence était palpable alors que l’écran proposait les images de jeunes cassant des vitrines. Ernest le pégot (cordonnier en provençal) qui est rapatrié d’Algérie et qui cultive le racisme comme d’autres les tomates, prononça la première phrase fatidique « C’est que des noirs et des arabes, sous les cagoules... ! » Mon pote Kadour lui fit la remarque que les plus bronzés étaient certainement des noirs mais qu’il y avait surtout des indiens et des pakistanais d’origine, tous anglais et européens comme nous. La grosse Rosette allait prendre la parole pour parler de la maestria de notre président à mater ce genre d’événement lorsque son mari, Captain Dan, dans son fauteuil d’handicapé la coupa de son fameux : « Toi, la connasse, tu ferme ta gueule... ! ». Un couple bizarre, Dan et Rosette ! M°Babalou se chargea d’élever le débat en précisant que ces émeutes n’avaient rien de politique. Ces jeunes sont asservis à la société de consommation. Ils ne cambriolent pas des magasins alimentaires, ils volent des écrans plats, des téléphones portables et des jeux vidéo. Mr Beaucomme approuva et les clients se trouvèrent divisés en deux clans, les pros et les antis émeutiers. Aucun des deux groupes n’ayant d’ailleurs suivi la réflexion de notre ami avocat. La simplification de l’inévitable affrontement à venir se résumant ainsi : les pros et les antis arabes à capuche ! Comme de bien entendu, Kadour tenta de calmer l’assemblée mais le teint marqué de son épiderme et ses origines de musulmanie méditerranéenne en firent la première cible. Il est plus aisé d’être, comme BHL, philosophe en Libye que de l’être comme Kadour au sein d’une assemblée avinée, au cœur de notre belle Provence. Survolant sa tête, deux parts de « pissaladière » vinrent s’écraser sur le bel écran plasma. Un ultime projectile, en l’espèce un bol d’olives noires, le traversa de part en part deux secondes plus tard. L’appareil rendit l’âme dans une mauvaise fumée. La soirée télé était terminée, les gendarmes mirent fin à la soirée tout court. Ils emmenèrent Kadour, agitateur connu de leurs services et M° Babalou, son défenseur attitré, se prépara pour une nouvelle nuit de garde à vue ! La télé rend fou.
Côté lecture deux conseils : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » d’Harper Lee qui avait reçu le Pulitzer dans les années soixante (Ok j’avoue, j’ai du retard dans mes lectures... !). La vision d’un crime et le procès d’un noir au travers des yeux d’une petite fille. C’est un livre bizarre, très fort et accompli et son auteur, n’a jamais rien fait paraître d’autre. Un moment, Truman Capote fit courir le bruit qu’il avait participé à sa réalisation. Avec Capote, il est toujours difficile de distinguer de la réalité et de ses fantasmes. Bon, mais c’est un bon bouquin. J’ai lu aussi, de Jean Christophe Rufin « La Salamandre », l’histoire d’une femme dans la cinquantaine emportée dans une soumission définitive par sa liaison avec un jeune brésilien. Un sujet convenu mais un style plutôt brillant. Voilà c’est tout pour aujourd’hui. Banzaï !
4 Août 2011 : Tout va bien à bord... Mme Joly et des bouquins !
Quelques propos notés au bar de mon village sur les choses ayant de l’importance ou celles qui n’en ont pas « Haïti, rien n’avance et tout le monde s’en fout. Vous me direz que ce sont des nègres et qu’en plus, Haïti c’est vraiment loin. S’ils n’avaient pas tenté de faire des bâtiments en béton, tout ça ne serait pas arrivé ! Non ? Avec une case en palme, au pire tu te crèves un œil en cas de tremblement de terre. Pourquoi ils ont arrêté de faire des cases ? Ah... ? Ils ont déforesté les collines pour vendre le bois... ! C’est con ! Ils peuvent encore dormir sur leur pirogue...Pas de risque. C’est assez rare les « tremblements de mer » ! Encore qu’il y a le Japon... Fukujima, les réacteurs ne sont pas arrêtés, le bœuf est radioactif mais on s’en fout aussi car nous, on préfère l’Aubrac ! Ils ont qu’à manger du poisson, les bridés ! Ah le poisson aussi... ? Bon, c’est con... Heureusement qu’il leur reste le riz ! Ah... ! Le riz aussi ? Ils commencent à nous gonfler avec l’atome, les nippons ! Ils étaient quand même prévenus, non ? Deux bombes sur la tête et cela ne leur a pas servi de leçon ! Il y en a, j’te jure ! Quoi d’autre encore ? Ah oui ! Famine en Somalie et dans la corne de l’Afrique...Pas de problème... On en parle au 20 heures. Normalement les islamistes radicaux qui empêchent les secours d’accéder à la population vont pouvoir ressortir les sacs que Bernard Kouchner a transportés il y a quelques années. Et puis faut pas oublier que dès qu’ils seront revenus à meilleure forme, ils remonteront sur leurs pirogues pour pirater nos tankers. Alors on n’est pas pressés ! Faut souhaiter qu’ils n’aillent pas tous au Kenya, on pourra plus visiter les parcs. En plus, ils vont te bouffer plus vite que les lions ! N’oublions pas qu’ils ont encore le goût du missionnaire dans la bouche, les blacks ! Entre un « taboulé » et un prêtre hollandais, il n’y a pas photo : vous pouvez remettre le « taboulé » au frigo. D’un côté, vous me direz que c’est autant de petits garçons qui évitent de découvrir les plaisirs de la sodomie. Un mal pour un bien, en quelque sorte !... » Et maintenant, les choses réellement importantes, toujours entendue au bar : « ...Le verbe « troncher » cela doit venir de la famille de Georges Tronc...Non ? Le type, tu le vois pas venir, il te touche les nougats et puis...Hop ! Il te tronche ! Avec un nom pareil, fallait s’y attendre....Le sexe ou le métier de bûcheron ! ...C’est comme DSK ... Au début il n’y avait que la noire qui fait deux mètres de haut et que le vieux a bousculée, semble-t-il, comme peut le faire Sébastien Chabal avec un benjamin première année ! Avec fellation de force...J’vous demande un peu... Une fellation de force (au fait, c’est de DSK dont je parle, pas de toi Sébastien...) Puis, au contraire, est arrivée la naine mignonne, celle qui porte un nom de fromage, de fromage de chèvre... Comment vous dites ? Ah oui, c’est çà... : Banon ! La petite Banon. Celle qui se réveille de ses douleurs quand le moment tombe bien ! Et qui désigne les gens qui étaient au courant de sa supposée mésaventure (surtout à gauche car elle bosse pour un site proche de l’UMP... Y a pas de petit profit) et ce, alors qu’elle a raconté son histoire en direct à la télé chez Ardisson (que cela faisait bien rire d’ailleurs). Et puis voilà que sa mère avoue s’être faite troncher (pas par Georges Tronc, ne confondons pas...) par son pote Dominique sur le coin d’un bureau à Paris il y a quelques années. Un accouplement à la manière assez rugueuse, dit-elle. Ils n’avaient pas l’argent pour aller à l’hôtel, c’était la fin du mois, et elle en a encore aujourd’hui, des échardes plein les fesses, la pauvre... Et ce n’est pas fini... En voilà une autre, black elle aussi, qui fait la une des journaux en affirmant « Moi, il m’a baisée...Mais j’étais consentante ! » Ce qui prouve incontestablement l’innocence de DSK... ! » Comme vous le voyez, durant l’été, tout va bien à bord et les sujets d’importance sont traités avec enthousiasme par nos concitoyens. Nous sommes prêts à en reprendre pour cinq ans !
Maintenant, autre chose, bon anniversaire Madame Joly (pas l’humoriste.. .mais la maman de mon copain Christian) qui, ce 5 août, fêtera ses 100 ans ! Ce n’est pas un de mes personnages mais une personne en chair et en os ! Bon, au même moment, à 100 ans, elle est surtout en os... ! Elle a bon pied, bon œil et n’aime pas le Cercle des Anciens car il n’y a que des vieux. Elle peut vous en parler, Mme Joly, de ce qu’elle a entendu comme conneries en 100 ans ! Joyeux anniversaire mamette !
Pour terminer, mes conseils (vous en faites ce que vous voulez...) de lecture. Bon, il n' y a rien à ajouter, Umberto Eco et le « Cimetière de Prague », magnifique, la presse vous le dira ! Un autre exceptionnel : « Entre Ciel et Terre » de Jon Kalman Stefansson... Un islandais... La terre blanche de neige et le noir du ciel, les pécheurs, la mort, le froid et un style comme une construction magnifique ! Le livre se lit en ne vous proposant que des images noires et blanches. Très réussi. Enfin, un bijou : le premier roman d’une américaine, Hillary Jordan sur le Sud au moment et après la guerre, la fin des années 40. Vraiment ce que j’ai lu de mieux cette année avec Féroces de Goolrick. Cette fille, c’est un Faulkner en jupons !
Allez, à la prochaine et reposez-vous bien ! Vous pourriez bien vous retrouver au chômage à la rentrée !
10 juillet 2011 : Les chiffres, Claude Géant, Umberto Eco et Philippe Jaenada
Hier, dans la moiteur de juillet, nous tenions séance sur la terrasse du café, notre rural Parlement du Peuple. Nous y tenions séance entre deux remarques sur les filles qui passent, des estivantes comme il se doit, celle-là qui pensent qu’on est partout à la plage dans le Sud et que, par là-même, ce qui serait outrage à la pudeur à Paris est la vêture normale en Provence...Donc nous regardions passer les filles, prenant à notre compte l’adage : « Plaisir des yeux, plaisir des vieux... ! ». Ne croyez pas que nous ayons laissé de côté les choses qui agitent notre Président (un homme de taille modeste, futur papa, d’origine magyar, aux tics d’épaules très marqués et qui pense que lire la « Princesse de Clèves » n’apporte rien aux lycéens ce qui, ne l'ayant pas lu lui-même, contredit son propos) et qui agite aussi les "fenêtres à conneries", appareil plus connu sous le nom de « télévision ». Comme l’affaire DSK « gonflait » tout le monde et que nous avions épuisé les remarques salaces sur le sujet, Mr Anselme Beaucomme, notre instituteur originaire de la ville nordique de Clermont Ferrand, souleva un sujet réellement digne d’intérêt : les chiffres qu’on nous donne dans le poste ! En bon hussard noir de la République, fidèle aux fondamentaux de l’instruction publique, il manœuvre les pourcentages aussi facilement que Marine Le Pen, accompagnée du rire gras de son père, donne un coup de volant vers le trottoir, lorsqu’elle dépasse une famille originaire du Mali qui y chemine péniblement au retour de Carrouf. Donc Mr Beaucomme se mit à nous parler, pour illustrer son propos sur les chiffres, des tués sur les routes, sujet favori de Jean Pierre Pernaud, l’homme qui parle à l’oreille des vieux. Il le fit donc de ce ton que nous lui connaissons depuis l’enfance, puisque âgé de 84 ans, il a vu passer sous sa houlette l’ensemble de ceux avec qui il partage aujourd’hui l’apéritif anisé. S’adressant à nous comme il le faisait à l’école et s’étant levé pour déambuler sur une chaire imaginaire, il nous interrogeait tour à tour : Alors Tite... ? Quelle est la fonction d’un pourcentage ? Et toi Bert, comment compare-t-on les résultats pour en tirer une évolution.... ? Bandes de cancres ! Voilà pourquoi vous avalez tout ce qu’on vous récite dans le « poste »... Lorsqu’on vous dit qu’il y a eu 3% de tués en plus comparé au même mois de l’année précédente ce chiffre n’aurait de valeur que si... ? Que si... ? » Il laissait le silence peser. Et c’est Captain Dan qui répondit : « ...Que si le nombre de conducteur était rigoureusement le même pour les deux mois de ces deux années... ! » Petit silence éberlué de l’assistance devant cette finesse arithmétique. « Et oui, mes petits, reprit-il... ! C’est la différence entre les deux pourcentages de tués qui devrait donner le pourcentage d’évolution... ! J’ai pris cet exemple car on nous le rabâche sans cesse. Mais il en est de même pour la quasi-totalité des chiffres qu’on nous assène sur la route, la sécurité ou l’immigration...De plus, concernant les conducteurs, il ne faut pas négliger qu’un seul malheureux accident de bus, traité bêtement dans la moyenne et non comme un évènement exceptionnel, fausse définitivement le calcul ». Kadour fit-alors remarquer que cela pouvait aussi s’appliquer dans les modes de calcul de l’INSEE ou le rapport rendu il y a trois jours par la Cour des Comptes. Les employés de l’institut ayant hurlé devant la « traduction » des chiffres par le ministre Guéant, lequel se fit un devoir de salir ensuite ceux de la Cour. Bert le plombier fit-alors une remarque amusante sur l’étonnante ressemblance (photo ci-dessous) entre ce petit homme et un autre entré douloureusement dans l’histoire : même stature, même regard et hélas, même intelligence... ! Mais, comme le disait ma grand-mère, une ressemblance ne veut rien dire sinon on mangerait des "pissacans" à la place des "cèpes" (remarque uniquement intelligible par les gens qui cherchent les champignons...) De la table voisine, un certain Miqueù, matelot de son état et qui écoutait notre conversation lança à la cantonade : « Bonne nouvelle, Guéant va être opéré du cœur dans les jours qui viennent... ! » Mr Beaucomme qui ne manqua jamais d'entamer chaque journée de son métier d’instituteur par la « leçon de morale », lui administra immédiatement un cinglant : « On ne doit pas se réjouir de la souffrance d’autrui ! » Et le marin de répondre : « Oh non, M’sieur ! La bonne nouvelle c’est pas l’opération, la bonne nouvelle c’est qu’il a un cœur ...! » Rires de tous et tournée du patron !
Putain, si on croit à la réincarnation, elle fait peur cette ressemblance!
Allez, côté lecture pour ce long intermède sans vous en parler, je sélectionne pour vos lectures estivales deux premiers titres : « Plage de Manaccora, 16h30 » de Philippe Jaenada qui date un peu, puisqu’il sort un nouveau roman à l’automne. Pour ceux qui ont vécu les grands incendies de notre enfance dans les années soixante, ils sentiront combien le feu révèle les peurs et les faiblesses. C’est un élément à part dans notre inconscient. Bon certes, c’est un peu la vision du « parisien » car nous vivons régulièrement ces peurs en Provence, mais l’ambiance est dense et la narration parfaite. Puisque je parle de narration, voilà que je viens d’ouvrir les (cent...) premières pages du « Cimetière de Prague » de notre pote Umberto Eco ! On est tous à moitié italien ici. Il fait parti de la « caisse » de livres que les gens qui m’aiment m’ont offerte pour mon anniversaire. (J’aime naturellement aussi ceux qui m’offrent des « cartes » Décathlon...). Alors là... Je peux vous dire que lorsque je me pose la problématique de « l’accroche » pour mes propres romans je devrais comprendre que le vrai talent ne connaît pas cette difficulté ! « Va fanculo...Umberto ! » Trop fort l’Umberto ! Il te choppe par les deux oreilles, te plaque la face contre le bouquin et t’entraîne dans le récit dès la première ligne...magique !
Bon, c'est tout pour aujourd'hui et "Banzaï" comme le dit ce cinglé rondouillard de Moustik, à la prochaine et bonne lecture !
16 mai 2011: DSK, la manipulation des masses et Gogol.
Hier, vers 20h00, nous étions invités chez ma voisine Josette Roucas, 55 ans, cultivatrice. La journée comme la semaine, avaient été longues pour elle. En effet, de retour de New York où elle accompagnait Paris Hilton, l’être inutile dont elle est l’amie, dans une soirée au profit des jetsetteuses qui affichent la partie interne de leurs organes génitaux sur internet, en effet donc, elle venait d’apprendre dans l’avion, les révélations sur les deux affaires d’accouplement. Qui plus est, le mois de mai étant largement entamé elle s’était collée pendant 12h00 au tracteur pour traiter ses vignes. Comme vous le voyez, notre Josette n’avait pas chômé. Comme pour chacun de ses retours, tout le village voulait son avis sur ce qui se passait à New York et ce qui s’était passé à Paris. Par prudence et devant l’importance des sujets abordés elle n’avait invité qu’un groupe restreint d’amis pour un apéritif sous la treille. Mister D, qui par certains points pourrait être comparé à DSK par ses pratiques félonnes auprès des couples mariés, des veuves éplorées, des porteuses de prothèse de hanche, des lycéennes, des postières ou des apprenties vendeuses, Mister D prônait le complot comme seule explication plausible. Au même moment il prêchait un peu pour sa propre paroisse ! Chacun y allait de sa remarque sur les informations qu’il avait retenues de ce show américain. Maître Anselme Babalou, avocat au village, en profita pour dénoncer le mode « accusatoire » de la justice américaine, et se félicita que les téléspectateurs aient été témoins de ce que sera la justice en France si le juge d’instruction disparaissait. Nous ne sommes pas sans savoir que cette suppression est dans les cartons de notre gouvernement. Conscient que sa propre libido aurait pu l’entraîner dans des voies similaires et que son portefeuille ne lui permettrait pas des avocats à 10 000$ la journée ni des détectives privés à 1000$ de l’heure (chiffres entendus à la télévision), Mister D approuvait les propos de M° Babalou avec la véhémence de électeur de gauche qu’il n’est pas. De plus, il apporta une précision technique de grande qualité, pour appuyer la théorie du complot, une question d’ordre physiologique attestant par là-même de sa parfaire connaissance du sujet : « Comment est-il possible de se faire pratiquer une fellation de force… ? La fille n’avait pas de dents ? » Cette interrogation laissa planer un silence lourd sur notre rurale assemblée. C’est alors que Tite le mécano souffla en rigolant : « C’est comme pour Sarko… ». Les yeux de tous se tournèrent alors vers notre ami qui se resservait son 56eme pastis. « Ouais…il y a des impossibilités «physiologiques » comme vous dites… La Carla elle le dépasse de deux têtes et il y a pas beaucoup de positions pour arriver à la reproduction… » Et chacun de rire de cette bêtise et de proposer une position du Kama Soutra et les centimètres gagnés par notre président dans sa quête d’avoir un nouveau fils (que nous espérons aussi brillant penseur que ses frères…) Alors, mon pote Kadour, loin des problèmes de notre souverain président dans la reproduction des lignées ultimes de l’immigration hongroises prononça ces quelques mots qui firent clôture à notre discussion : « Première des 10 théories de la Manipulation des masses : La Théorie de la Distraction…Pendant ce temps, la Syrie tire sur son peuple Kadhafi embauche des mercenaires et les réacteurs de Fukujima sont toujours en feu… ! Tiens, ressert moi à boire Josette, s’il te plait ! »
Pour les conseils de lecture rien de mon côté cette semaine pour déclencher mon enthousiasme. Je relis "Les âmes mortes" de Gogol pour ne pas me prendre la tête et sourire de son style si particulier. Par contre et je vous le donne en toute confiance concernant la personne, mon amie Claudye Sellem nous recommande "Une Femme simple et honnête" autre livre de Goolrick auteur dont je parlais en début de mois pour son magnifique "Féroces"
Hasta luego...
2 mai 2011 : Le printemps arabe, Oates, Cotzee et Goolrick
Hier au soir, je suis allé fêter au café du village, avec quelques amis, la bonne nouvelle concernant mon manuscrit. Peu d'entre eux lisent mes lignes mais je crois qu'il est inutile de vous préciser que chez les « soulots » habitués du lieu, chaque occasion est bonne pour boire un coup. La fête dura une bonne partie de la nuit jusqu’à ce que les gendarmes ne viennent mettre de l’ordre dans notre (trop) sonore manifestation. Pourtant, les choses avaient commencé bizarrement et je l’avais ressenti dès mon entrée dans le bar. Kadour, mon pote prof de philo tant qu’arabe bon teint, semblait avoir trouvé une espèce de nouvelle autorité sur les membres de ce parlement du peuple. Je compris rapidement que quelque chose avait changé ! Seul Ernest le "Pégot" (cordonnier en provençal...), rapatrié et raciste accompli, gardait le même regard lourd sur mon ami. Naturellement nos discussions glissèrent du rugby vers la politique et quelques belles envolées littéraires du type « Il n’a qu’à aller se faire taper dans l’oigne ton Sarko » (sic) ou encore « Sont pas racistes les gauchos...ils ont jamais vu d’arabe dans les quartiers chics et bobos... ! » (resic) quelques belles envolées littéraires, donc, illustrèrent notre réflexion sur la politique internationale. Il est vrai que notre guide suprême comme son épouse étant d’origine étrangère, (La blague du moment : « Sarko hongrois en toi.... ! ») les évènements de Musulmanie Méditerranéenne ne pouvaient les laisser de bois. D’ailleurs qui resterait de bois devant notre première dame, je vous le demande un peu ! Donc, par le biais de l’ONU et le retour improvisé tant que tactiquement bien joué du maire de Bordeaux, le fils du peintre hongrois, maître des destinées de notre république, se retrouva à prêcher une guerre démocratico-économique sur la rive sud de notre Mare Nostrum ! Oubliant qu’il avait organisé un camping avec douches et toilettes pour Kadhafi sur ses pelouses il y a peu, voilà qu’il le fait bombarder à tire larigot. Josette Roucas, 55 ans cultivatrice et désormais femme célèbre puisqu’amie de Paris Hilton (Paris Hilton, cet être inutile qui expose l’intérieur de son vagin jusqu’à apercevoir son foie sur internet) Josette Roucas, donc, se posant en analyste économique de premier plan fit remarquer que, question tourisme, les gens allaient hésiter à traverser la mer, ce qui devrait profiter à notre belle Provence. Si le Yémen et la Syrie n’étaient pas, par nature, des destinations prisées par le touriste moyen (enlèvements, vols, tortures...) il est évident que le sang sur le Nil, la Tunisie en folie, les missiles en Lybie, l’armée dans les rue d’Alger et les bombes sur la place de Marrakech ne sont pas pour favoriser la semaine dans leurs hôtels quatre étoiles « all inclusive » en pension complète... ! C’est alors qu’à ma grande stupéfaction, Tite le Mécano demanda poliment à Kadour quelle était sa vision sur ce monde arabique en pleine effervescence. Celui-ci donna, comme à son habitude, un point de vue distancié et posé mais je sentais que personne n’écoutait son propos. C’est alors que Captain Dan, mon copain handicapé, gara son fauteuil roulant à ma table. Il se mit à ricaner en me disant à voix basse : « Regarde moi tous ces « conneaux »... (Version provençale et adoucie de « connards ») ils se croient obligés de brosser Kadour dans le sens du poil...Des fois qu’un débarquement d’arabes se fasse sur nos plages et que Kadour devienne gouverneur, ou bien encore qu’il fabrique des bombes à la maison ! » C’est alors que telle une sirène hurlante, son épouse avinée, la grosse Rosette, chômeuse et néanmoins membre influant de l’UMP locale se mit à crier, n’ayant entendu que le dernier mot : « Une bombe ?...Une boooooommmmmbe... ! Putaiiiiinnnn! Une booooommmmmbe ! » . Les flics sont arrivés à ce moment là, Kadour résistant le mieux possible à une dizaine d’assaillants qui l’avaient plaqué au sol !
Allez, parlons de quelques unes des lectures qui ont retenu mon attention durant ces deux mois où j’ai un peu négligé mon site. Je vais en retenir trois : D’abord Joyce Carol Oates (Ecrivain très connu mais je n’avais jamais lu la moindre ligne de cette femme) et son (faux) roman « Eux ». Magistral ! C’est simple, du Zola américain. Ensuite JM Coetzee, le prix Nobel, et son roman « Disgrâce » Une plume au scalpel ! C’est simple, du Zola Sud Africain ! Mais surtout, et s’il n’y avait qu’un seul livre à lire cette année, lisez « Féroces » de Robert Goolrick. C’est aussi un faux roman sur la construction difficile de l’homme qu’il est devenu. Une description sans concession de l’ « American Way of life » des années cinquante, de sa réalité quotidienne dans une petite ville du sud est des Etats Unis et de son parfum de moisi dans les relations entre les personnages. Foncez chez le libraire ! Hasta luego
16 février 2011: Le Cercle, Updike et les autres:
Vous ai-je déjà dit que le café de mon village s'appelait "Le Cercle" ? A un parisien qui s'y était égaré l'été dernier, s'échouant à l'ombre salvatrice de ses muriers, j'avais affirmé (sans sourire...) que cela signifiait que nos conversations tournaient en rond ! Eh bien, quitte à tourner en rond, elles me manquaient ces joutes oratoires, sous la présidence de Sauveur le patron et l'autorité rassurante de Josette Roucas, mon amie cultivatrice, qui ne manque plus, désormais, de nous parler de son amitié et de ses sorties avec Paris Hilton, l'être humain inutile ! Hier au soir, donc, je suis arrivé en plein cœur de l’apéro et je peux vous dire que les conneries volaient bas… Il fallait baisser la tête ! Je me suis fait charrier par quelques habitués car j’avais fait un passage éclair sur France 3 pour y parler de mon livre. Le libidineux Mr D en profita pour me demander si j’avais rencontré de jeunes journalistes à la forte poitrine (Ce type fait une fixation sur les glandes mammaires, il devrait s’allonger sur un divan pour en parler) J’ai haussé les épaules, embrassé un ami, serré la main de deux autres avant d’aller me « poser » dans mon coin, à la table de Kadour, enseignant de philosophie tant qu’arabe bon teint (si j’ose dire, s’agissant d’un homme à la pigmentation marquée…). La conversation tournait (qu’est-ce que je vous disais ?…toujours le Cercle…) autour du show télévisuel de grande qualité de notre guide suprême, celui qui regarde loin devant pour assurer notre avenir, au-delà du libéralisme et d’un « capitalisme respectueux » (oxymore… ?), vision d’autant plus méritante que le susdit est affecté d’une taille fort modeste, et cela, même dressé sur pointes de pieds ou talonnettes. Quelques analystes politiques de renom tel que Tite le mécano, Bert le plombier ou encore Sauveur lui-même, donnaient un «éclairage personnel» (comme on le dit à la télé…) tout en sirotant leur anis, recrachant de temps en temps quelques noyaux d’olives dans la sciure du sol. Tite qui ferait le bonheur de certaines pages du Figaro tant que des dîners chez les nostalgiques de Franco, Pinochet et Salazar au double titre qu’il adore le chorizo, la sangria et qu’il tient les moindres opposants au pouvoir en place pour de dangereux extrémistes de gauche, en était à faire le panégyrique de notre président. Combien l’homme avait de la clarté dans ses propos, combien il était visionnaire pour notre pays, combien ses ailes de géant (Tite avait vraisemblablement un peu trop bu…) ne l’empêchaient pas de marcher…etc, etc ! Enthousiasmé par la prestation de l’homme victime de tics et aux origines notoirement extra frontalières comme par le parfait ordonnancement de ce morceau de théâtre pour cons dirigé de main de maître (de valet… ?) par le servile présentateur JP Pernaud (L’homme qui chaque midi parle à l’oreille des vieux…) il en vint à affirmer que les juges en grève de tribunal, sabotaient une démocratie moderne au nom d’idéaux inavouables… ! Il résuma sa pensée par cette phrase d’un haut niveau de sens : « Tous des gauchos, ces cons de juges.. ! » avant de conclure, tel un Robespierre de Provence « Vivement les jurés populaires… ! » Et sur ces bonnes paroles il fit resservir une tournée à sa table pour le plus grand bonheur de Sauveur, patron du Cercle et Président de cette assemblée du Peuple ! Les choses auraient pu en rester là si Kadour, certainement motivé par les mouvements populaires qui enflamment l’autre côté de la Méditerranée n’avait cru bon d’y mettre son grain de sel : « Je ne crois pas que les juges et les avocats en grève représentent un électorat de gauche…Ils sont sensible au dérapage qui se fait dans la société et qui déséquilibre les pouvoirs au profit de l’exécutif…Le Parlement vote tout ce qu’il lui demande et le ministre de l’intérieur traîne dans la boue, régulièrement, le pouvoir judiciaire ! » Malgré qu’une voix se soit levée pour demander perfidement, depuis le fond de la salle : « Mais qu’est ce qu’ils ont les arabes en ce moment à vouloir donner des leçons de démocratie à tout le monde… ? » les choses, une fois de plus, auraient pu rester en l’état si Bert le Plombier n’avait pas déclenché le cataclysme d’une question directement posée à Tite le Mécano, avec l’air de ne pas y toucher : « Et toi, c’est un juge de gauche qui t’as condamné quand t’es passé en correctionnelle pour avoir facturé des pièces d’occasion au prix du neuf… ? » Bert, comme Kadour et moi-même d’ailleurs, avions anticipé la réaction au propos et nous nous baissâmes comme un seul homme… C’est Ernest le Pégot qui entrait à ce moment là dans le café qui reçut la chaise en pleine figure ! On se régale ici, à l’apéro !
Bon, maintenant, en ce qui concerne mes lectures de ce mois et demi passé sans que je n’écrive ici la moindre ligne, j’ai quelques recommandations. D’abord une première, assez moyenne malgré le nombre considérable de mes amis (y compris dans le Sud Ouest…) qui l’a porté au pinacle : « Sukkwan Island » de David Vann, Prix Médicis étranger 2010, mais dont l’écriture me semble un peu trop « cinématographique » et la fin, fatalement convenue. Un bon bouquin tout de même pour qui aime le stress et les ambiances pesantes. Je vous pari, un paquet de cloppes contre mille euro (euro est toujours invariable…) qu’il sera sur les écrans avant la fin de 2011.
Puis quatre très bon bouquins : « Les Saisons de la Nuit » de Colum Mc Cann sur les terrassiers, les mariages mixtes et sur une vision de New York inédite…Superbe. « Le Caïd » de William Faulkner…rien à dire, il est trop fort le William ! « Cœur de Lièvre » de John Updike, le destin d’un homme coincé entre les valeurs de la religion, ses désirs et une vie à construire. « Demande à la Poussière » de John Fante ou les affres et espoirs d’un jeune écrivain (comment y être insensible…rires)
Enfin, une merveille romanesque à lire absolument: « Le Livre de Dave » de Will Self, l’histoire de Dave, un chauffeur de taxi londonien, borné, alcoolique, raciste et homophobe (Vous voyez le tableau…) qui note sur un carnet sa vision de la vie et celle de la répartition du monde entre hommes et femmes. Il enterre le carnet dans un jardin. Un cataclysme survient, une nouvelle civilisation voit le jour, un état religieux où le carnet retrouvé devient une sorte de « tables de la loi » pour la nouvelle pensée. Le livre commence ainsi : « An 502 AD » (An 502 après Dave…) 532 pages de pur bonheur ! Bon voilà. Inutile de me dire que tous ces ouvrages sont anglo-saxons, je ne l’ignore pas mais je suis toujours à la recherche de ce souffle romanesque qui semble faire défaut à la littérature française en ce moment. D’ailleurs, je viens de changer de zone géographique puisque j’ai entamé hier au soir « Marina » du catalan Carlos Ruiz Zafon (L’ombre du Vent…) et je vous en parlerai dans un prochain post.
Hasta luego et Banzaï comme on le dit à Groland
21 décembre 2010 : Assermentés, Papa Noël et Blaise Cendrars...
Je viens de jeter une pantoufle virulente dans ma télé…Brice (pas de Nice hélas…), le rouquin en chef de la Kommandantur de l’Intérieur demandait que le parquet fasse appel de la décision de justice envoyant en prison sept de ses policiers. Ceux-ci, vous ne pouvez l’ignorer grace à vos lucarnes magiques télévisuelles, avaient bidouillé et menti sur un PV laissant supposer à une course poursuite contre un malheureux alors qu’elles s’étaient (les deux voitures de police) bêtement heurtées… Comme me le disait Kadour qui dévorait, le mécréant originaire de musulmanie, tous les chocolats de mon calendrier de l’Avent allongé sur mon canapé : « On ne peut pas être d’accord de voir des flics prendre des caillasses sur la tête dans les cités mais de la même manière, on ne peut imaginer que quelqu’un d’assermenté puisse violer cet état sur lequel repose la justice et la société… » Tite le mécano qui résistait dans un fauteuil aux avances du sommeil d’après table, leva une paupière molle avant de glisser entre ses dents « Les serments, c’est comme les programmes électoraux, c’est rarement tenu… » Sans contester l’analyse de ce sociologue spécialiste des carburateurs, Kadour lui fit remarquer que dans le cas évoqué c’est un des piliers de la démocratie qui se fissurait puisque le simple fait de donner crédit à quelqu’un d'assermenté contre quiconque d’autre n’autorise pas la défaillance ou la remise en cause. « C’est exactement ce qu’ont fait ces flics, ils ont insinué le doute dans notre pensée… pour ceux qui ne l’avait pas déjà ! » Tite, visiblement fatigué par la digestion des « pieds paquets » émit une sorte de borborygme assimilable à une course de mobylette dans une cathédrale (cf. San Antonio 1970…). On sentait que le garçon avait du mal à suivre la conversation mais, allez savoir pourquoi, il ne souhaitait pas la quitter… « Regardez, le gros noir de Côte d’Ivoire, Gbagbo…Il est comme Maryse mon ex-femme…Ils s’en tapent de serments et c’est tout bénef… ! » Je ne vous cache pas qu’un silence pesant tant qu'étonné, succéda à cette affirmation rapprochant la susnommée Maryse (à la réputation fondée d’avoir la cuisse légère) et le président africain autoproclamé à la babine inférieure pendante et au discours riche en postillons. « Ah, oui… ? » fis-je, curieux de connaître le cheminement de sa pensée tourmentée. « Regardez, si Maryse ne m’avait pas trompé en violant le serment du mariage, elle ne serait pas allée vivre avec Henry, le vieux parisien et son portefeuille bien garni et moi je n’aurai pas embauché la petite Lucette… » Il se leva à demi pour se servir une nouvelle rasade d’Armagnac avant de continuer « La petite Lucette, elle est mignonne, elle bosse bien au garage, je lui paye des heures supplémentaires à la maison et elle y met du cœur à l’ouvrage, je peux vous le dire… Parfois, elle reste même pour dormir, c’est vous dire… ! » Nous échangeâmes avec Kadour un regard de connivence pendant qu’il reprenait. « J’ai créé un emploi au garage, je peux passer les portes sans toucher avec mes cornes et la petite à un coup de rein sensationnel…Le gros noir qui parle avec des fèves dans la bouche, Gbagbo, c’est pareil…Son serment et tout le tralala il s’en tamponne…Il a baisé la communauté internationale, il va prendre sa monnaie et se barrer…L’autre sera installé dans le fauteuil de président et il pourra se préparer au même destin…Tout bénef pour les pays qui l’auront soutenu…Alors, vous voyez…les serments… Faut pas croire au Père Noël ! » Sa tête glissa sur le côté et il sombra dans le sommeil aussi soudainement qu’il avait pénétré notre discussion. Dans le fond, il avait raison, il ne faut pas plus attendre de Père Noël pour nos démocraties que pour la Côte d’Ivoire…Zones trop dangereuses pour lui, même avec escorte .
10 décembre: Les Miss et la Côte d'Ivoire....
Hier, alors que nous tenions séance au café, notre rural Parlement du Peuple, entre deux tournées anisées les langues allaient bon train. La première des conversations avait pour sujet (cible…) cette table qui, désormais, se constituait uniquement de femmes ! « Pas besoin de demander ce que mangeront les maris ce soir…des surgelés ! », glissait insidieusement Tite le mécano dont l’épouse est assignée à résidence perpétuelle aux fourneaux du domicile conjugal. En effet depuis quelques temps, Josette, la grosse Rosette et la jeune Flo à la poitrine hypertendue tenaient leur propre siège chez les hommes. Elles sirotaient quelques portos voire de gentilles Suze cassis en se moquant à voix basse des mâles du village. De mon côté, je partageais comme à mon habitude ma table avec Kadour le prof de philo aux racines profondément ancrées en « musulmanie » et à l’esprit éclairé par le siècle des lumières ainsi qu’avec Captain Dan chômeur handicapé (double handicap…) à l’humour corrosif. Donc les échanges allaient bon train entre le comptoir où quelques « fatigués » ingurgitaient toutes les deux tournées, quelques olives pour se donner bonne conscience. Naturellement le propos glissa (peut-être du fait de Flo qui avait enlevé son chandail et dont le petit « top » de dentelle noire avait provoqué une sorte de tsunami dans cette population accoudée au zinc) sur les mérites partagés des deux Miss France. La vraie fausse et la fausse vraie, drivée par la septuagénaire au chapeau et par son fils, con comme la lune (…dixit Bert le Plombier qui s’y connaît en cons…). Le sujet ne méritait pas réellement que l’on s’enthousiasma d’y participer jusqu’à ce que Rosette (chômeuse UMP…) ne lança au travers de la salle en jetant à l’attention de tous comme de son mari Captain Dan (chômeur Altermondialiste…) d’un air torve : « Y a bien des noirs qu’ont deux présidents et l’ancien, le socialiste, qui veut garder le pouvoir… C’est pareil pour les Miss ! » Nous ne saurions féliciter Rosette de la syntaxe aléatoire de ce type de déclaration sans pour autant, et avec la même vigueur, noter la justesse de son analyse. Et chacun d’y aller des noirs et de la démocratie, des noirs et de l’économie, des noirs et des sociétés tribales…etc. Même Bert se fendit d’un couplet sur les noirs et le jazz qui laissa tout le monde perplexe devant son propos d’évidence « hors sujet ». Mais Bert n’est pas un spécialiste de la politique internationale, et nous avons déjà évoqué sa spécialité un peu plus haut dans ce billet… C’est alors que Kadour rare érudit de l’assistance se fendit d’un comparatif assez fort et qui avait comme point de départ la « maghrébie » natale de ses parents : « A la fin de la quatrième république, en 1958, De Gaullepréparait son retour. Pour se faire, des amitiés militaires se réinstallaient. Notamment à Alger où Massu et d’autres officiers avaient conçu le plan avec l’aval des proches du grand Charles, de sauter avec les paras sur Paris et de se saisir des lieux symboliques du pouvoir, Parlement, Elysée et radio… » Il fit une pose avant de reprendre brièvement : « On n’a de leçons de démocratie à donner à personne puisqu’il y a 52 ans, nous avions de telles méthodes prêtes dans les cartons d’hommes d’état pour reprendre le pouvoir… » Ceux qui ignoraient ces faits semblaient peu convaincus, les autres qui voulaient ne point s’en souvenir manifestaient de manière vindicative. Mr Ernest le Pégot (cordonnier en provençal…) rapatrié d’Algérie se permit quelques remarques assez personnelles sur les pratiques sexuelles supposées du Général de Gaulle avec certains membres de sa famille maternelle ou (plus surprenant lorsque l’on considère la taille du personnage…) avec quelques habitants de la basse cour de l’Elysée. Vous imaginez bien qu’à ce moment-là, la tension était montée d’un cran dans le bar car « …il ne faut pas toucher à De Gaulle » comme le disait le vieux Toine qui avait faillit être résistant mais qui manquait de temps pour ce faire du fait, à l’époque, de ses activités marchandes avec l’occupant. Une fois de plus Kadour avait semé son « bordel » comme l’affirma la jeune Flo, mettant là un terme au sujet en disant : « Ouais…mais çà c’est pas de l’actualité, c’est de l’histoire. C’est pas pareil ! » Et oui, 52ans c’est de l’histoire
Pas de conseil de lecture cette semaine, tout ce que je lis me tombe des mains, même les "grands" noms. Hasta luego!1er décembre 2010 : Les Jury populaires, Stalloni et Granarolo
Dans les villages de Provence il est assez habituel de commencer à préparer les fêtes par quelques invitations. Outre de rôder la capacité des cuisinières à affronter les tests de Noël et du Nouvel An cela prépare aussi les estomacs à ces mêmes épreuves. Donc, ce dimanche, nous étions reçus chez Josette Roucas, cultivatrice désormais célèbre de par ses amitiés dans le monde des « people » (voir les « vieux billets » ci-dessous) pour un repas gargantuesque de gibier, de tripes et de vins du cru. Autour de la table j’avais comme voisin le Captain Dan dont le fauteuil roulant était « garé » à côté de Tite le mécano. En face, la femme de Dan, la grosse Rosette épouse de Dan, chômeuse en fin de droit et militante de l’UMP écrasait de son mètre 25 et de ses 95 kg la chaise voisine de celle de Bert le Plombier. Enfin, à l’autre extrémité, Kadour le prof de philo devisait avec notre hôtesse. Comme il se doit, l’apéritif ayant permis aux esprits de se libérer de toutes contraintes (et particulièrement de celles de la syntaxe française) c’est donc de très bonne humeur que nous nous étions mis à table vers 21h00. Pour une fois, le calme et la sérénité étaient installés pour la soirée, ce qui en soi n’est pas un avantage car, chez nous, il n’est pas de fête réussie sans disputes ou hurlements. Pourtant, deux places et deux assiettes semblaient préparées pour quelques convives absents. Lorsque je m’enquis auprès de Josette de leurs propriétaire présumés, celle-ci me confia qu’il s’agissait de celles de Mr D, névropathe libidineux tant que Casanova vieillissant et de la toute jeune Flo, la nouvelle employée de la poste, stagiaire remplaçante à durée déterminée, (type d’emploi désormais habituel dans cette nouvelle société de droit privé). Tite émis alors, à voix faussement basse, quelques sous entendus tendant à imager de manière forte la poitrine arrogante de la jeune postière comme le retard de ce couple improbable « Il a doit être en train d’essayer de la brusquer dans une ribe… » Traduisez : « Il essaye de la séduire dans un caniveau au bord d’une vigne » ! Je ne sais pas qui parla alors le premier de cette nouvelle lubie populiste qui a traversé le cerveau perturbé de l’immigré hongrois de petite taille qui préside aux destinées de notre pays : les jurys populaires. Par contre, ce que je sais, c’est que Mr D, visage tuméfié d’un prétendu accident de motocyclette se présenta en pleine conversation, accompagné de la jeune postière de fort mauvaise humeur. Dès qu’il fut assis devant son assiette et avant même d’avoir salué quiconque, il lança à la volée « …les jurys populaire c’est parfait…enfin la justice va revenir au peuple… » . Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce projet, il est intéressant de préciser ici qu’il s’agit, dans l’esprit en fusion de l’homme de petite taille et à talonnettes, de faire siéger des citoyens dans les « petites juridictions » du type de la correctionnelle comme cela est le cas aux assises. Ces jurés seraient amenés à juger dans les zones (les juristes disent "ressort"…) proche de leur domicile. Captain Dan qui avait fait des études de droit avant de se consacrer à sa carrière actuelle d’handicapé à la recherche d’un emploi, se permit d’apporter sa vision « je me demande comment l’épicier du coin va juger un cas qui ne porte que sur le droit ou la procédure…Il restera comme un santon sans rien apporter de nouveau…C’est le juge qui tentera d’expliquer et qui décidera comme c’est souvent le cas aux Assises…». Josette qui servait ses invités avec forces louches de « tripous » et de pommes de terre brûlantes, ajouta : « …et c’est pas cela qui va rendre la justice plus réactive…Les jurés seront récusés et les audiences traîneront en longueur comme traîneront encore plus en longueur, les affaires qui s’empilent dans les tribunaux… ! ». Mr D qui est à la nuance ce que Carla Bruni est à Maria Callas lança avec l’autorité qui est toujours la sienne pour affirmer une évidente connerie « …de toute façon c’est à nous, le peuple, de prendre nos responsabilités envers les délinquants qui menacent notre sécurité…On les condamne et on les fout dehors. Les Suisses l’ont voté ! » Et de jeter un regard de travers à Kadour, symbole des peuples du sud et cible habituelle de ce tribun au petit pied. La grosse Rosette allait prendre la parole à son tour lorsque son mari, Captain Dan, éructa « Toi, la connasse fasciste, tu ferme ta gueule… ! ». Comme vous l’avez noté il s’agit d’un ménage qui ignore le non-dit. « Et toi tu monteras les deux marches avec ta charrette et tu ouvriras la porte de l’immeuble tout seul, gaucho de merde… ! » répondit-elle avec ce sens du pratique qui caractérise assez souvent le sexe faible. Alors, Tite le mécano dont le sens des réalités et des analyses socioculturelles sont unanimement appréciées déclara entre deux mastications bruyantes allégées d’un verre de Bandol et d’un soupir d’aise « Moi, je vois pas qui va aller faire le juré dans un tribunal qui juge une racaille de son quartier…non merci ! Pour retrouver ta bagnole brûlée le lendemain…non merci !... ». Un silence pesant se fit au sein de notre belle assemblée, silence un instant violé de la remarque, entre ses dents, de la jeune Flo à l’endroit de Mr D « Garde un peu tes mains sur la table, vieux pervers… » Alors, Kadour de sa voix calme et feutrée comme une décision d’état sur des rétro commissions avec le Pakistan, mit un terme définitif au sujet « La Justice n’est pas pour le peuple, elle n’est même pas pour les hommes. N’est-ce pas le seul ministère qui porte le nom d’une vertu… ! » Phrase lourde de sens que Bert le Plombier sanctionna à son tour tout en mettant un coup de pied à Fitou l’épagneul qui tentait une avance amoureuse à sa chaussure droite : « Putain, t’en as dans le citron, Kadour… ! »
Sur les questions de lecture, je vous recommande aujourd’hui, deux auteurs, profs de lycée (en lettres et en philo) rencontre de hasard lors de ma séance de dédicace à la fête du livre. Yves Stalloni pour son roman, sur l’itinéraire et la découverte de la ville de Toulon (et de ses jolies filles…) par un jeune parisien: « Eudoxe ou une initiation toulonnaise » aux éditions Gehess et Philippe Granarolo, spécialiste de Nietzsche, pour son joli traité « Prof de philo à la folie » autobiographie sur son expérience d'enseignant, chez le même éditeur. Enfin, et pour conclure, je ne résiste pas à l’envie vous mettre ci-dessous deux dessins originaux, cadeau de mon voisin de table Piem (« Piame » en provençal, cela nous a beaucoup fait rire…) humoriste de talent et à l’esprit toujours vert à 84 ans ! Ciao Bonsoir
16 novembre 2010 L'Honneur perdu d'Eric et Tata Yoyo !
Alors que je suis dans les affres qui précèdent la sortie de mon dernier roman (voir ci-dessus) je jette un œil désabusé sur ma télé en partageant un apéro avec mon copain Bert le plombier. Avachi dans un fauteuil, un verre dans une main et se grattant, de l'autre, avec force l’entre-jambes, celui-ci me gratifie de pertinents commentaires qui valent bien ceux des journalistes sur le plateau. Le gouvernement vient d’être remanié ! Et c’est une vraie révolution au plein sens du terme : une révolution c’est un tour complet pour se retrouver exactement là où on se trouvait avant le début du mouvement ! Donc, un nouveau gouvernement concocté par un terne faire-valoir, sous la baguette de cet homme de taille modeste qui préside aux destinées de la nation. Une nouvelle fois c’est la valse des portefeuilles sans que la moindre spécialité ne se retrouve dans ces nominations hormis, peut-être, la bien nommée Mme Lagarde. Quelques points, néanmoins, amusants (si l’on a le cœur à rire de tout cela…). Le rouquin aux faux airs de gestapiste en charge de la police se retrouve avec l’immigration en supplément de job ! On devrait pouvoir compter sur lui pour perpétuer tradition d’ouverture de la France. Autre surprise, l’énergie quitte le ministère de l’Ecologie, site qui ne devait pas être propice puisqu’il est bien connu que l’énergie n’est pas au cœur du développement durable. « …nous prennent vraiment pour des cons ! » fit Bert en gémissant et sans que je ne sois capable de distinguer si c’était le fruit de sa réflexion ou son grattement intime qui en était le responsable. Enfin, comme une cerise sur le chapeau (dixit Bert…) le limogeage du grand Eric Woerth. Ce type me fait de la peine. Il s’est coltiné une réforme mal fagotée sur les retraites avec mouvements de foule et rupture de carburant en sus. La Total, si j’ose dire. En même temps, il devait faire face à une affaire personnelle de conflit d’intérêt dans les salons de la vieille qui distribue des millions. Durant toutes ces semaines, n’ayant rien d’intelligent à proposer et comme un seul homme, la gauche a tapé sur sa tête et sur celle de la vieille pendant que l’ensemble de la droite, sous la houlette du nain président debout sur la pointe des pieds et la main sur le cœur clamait « Eric, c’est un super type, un homme honnête et un ministre de haute volée qui mène magistralement la réforme des retraites… etc. » Et voilà que d’un coup, plus d’Eric, exit Eric. Et tous de dire, comme par exemple son successeur lors du discours de prise de fonction « Putain, Eric c’est un vrai pote et son boulot c’était le top et tout et tout… » Mais enfin, la porte c’est par-là ! Autant je n’aimais pas Eric Woerth pour ce qu’il était avant et pendant son temps de ministre, autant je suis désabusé sur la valeur des mots que prononcent nos dirigeants et, bizarrement, de la sympathie me vient pour lui. Voilà, qui ferait un beau titre « L’honneur perdu d’Eric Woerth ». Bert se verse un seizième pastis en commentant : « Mais quelle bande de tafioles… ! » se rapprochant ainsi de la vision du peuple sur ses dirigeants, sous les républiques précédentes. Précision importante : par « tafioles » il faut comprendre, dans la bouche de Bert, toute population dans un périmètre allant de l’Assemblée Nationale à Freddy Mercury et de l’Elysée jusqu’au groupe Village People ! Enfin, et pour finir, nous avons regardé le Zapping de Canal+ où nous sommes restés bouche bée devant une information d’ordre culturel de premier ordre. La saucisse sur le cageot (dixit Bert, encore…) avec l’annonce par le ministre de la culture de la nomination au grade de Commandeur (pas chevalier ni officier c'était déjà fait, non, commandeur…) dans l’Ordre des Arts et des Lettres de la grande poétesse belge, celle dont les vers ont bercé notre enfance, celle dont les lignes nous portent encore jusqu’aux confins des finesses de la langue française, celle qui cherchait ce qu’il y avait sous les « grands chapeaux », j’ai nommé Tata Yoyo : Annie Cordy ! C’est le Fredo Mitterrand qui devrait nous dire ce qu’il se passe sous son grand chapeau !
Hasta la vida, companeros ! Et rendez-vous à la Fête du Livre vendredi, samedi ou dimanche prochain, à Toulon, Place d’Armes sur le stand de la librairie Charlemagne. (Charles Aznavour, ambassadeur d'Arménie et qui sait écrire sera mon voisin de table...)
21 octobre 2010: Le plein, SVP et William Faulkner pour la route !
Voilà donc que, quittant mes corrections, je suis descendu au village ce matin tôt. Et voilà que sur la route, alors que je rêvassais en regardant les « rigaus » se délecter des derniers raisins sur les vignes, voilà donc que j’ai croisé Bert le plombier qui trimbalait dix jerricans d’essence dans sa fourgonnette. Comme il était rentré la veille d’une manif contre la réforme des retraites et que son témoignage m’intéressait je me suis installé sur le siège passager défoncé de sa camionnette pourrie. Nous nous sommes garés sur la place de la mairie et avons gagné en devisant joyeusement, notre parlement rural : le bistrot. Comme chaque jour, les habitués, actifs ou inactifs, se déchiraient sur les sujets d’une actualité brûlante : Mathieu Valbuena est-il le fils naturel de Mimi Mathy ? Est-il vrai que la fille de la Poste rentre vraiment très tard chez elle…et pas seule… ? Ou bien encore : quelle pompe distribue du super sans plomb 95 ? Comme vous le voyez, notre bourg est en prise directe avec les événements marquants de notre époque. On discute ici de choses déterminantes pour l’avenir de nos sociétés ! Comme le disait Romain Gary, je ne m’arrête pas sur l’homme, il est en devenir. La société me désole. Donc, je commande un café pour moi et j’offre le sien à Bert, puis à Kadour mon pote prof de philo en rupture de bans académiques pour cause de grève, et enfin à Josette qui rentre de Los Angeles où elle est allée se reposer des fatigues des vendanges chez son amie Paris Hilton. Finalement tout le monde est attablé et tout le monde s’interpelle en hurlant avec modération. Hurler avec modération est une spécificité bien provençale ! Mister D est au centre du débat car, ayant fait campagne pour notre Prince Président, l’immigré magyar de seconde génération qui veut faire travailler plus longtemps un pays où les vieux sont foutus dehors à l’âge canonique de 55 ans, il échoit à notre ami une position plutôt difficile à tenir en ces temps socialement troublés. Néanmoins, le bougre est rusé et sait faire dévier le sujet sur les « gauchos » qui bloquent les raffineries et par voie de conséquence, les stations services, oasis de plaisir des honnêtes gens. Il en profite pour placer que son beau frère, serf travaillant jour et nuit pour Total et pour un résultat d’exploitation de misère, sera livré en fin de matinée. A ma grande stupéfaction j’apprends (et le chargement de Bert le plombier le prouve) que tout le monde fait des réserves de carburant. Mister D, qui n’en manque jamais une pour mettre en avant son aversion envers quiconque est né au sud de la Méditerranée, lance alors à la cantonade en appuyant sur Kadour un de ces regards torves dont il a le secret : « Quand on voit les prix qui s’envolent, on imagine que les bédouins doivent y trouver leur compte dans tout ce bordel… ». Kadour qui est à la dispute ce que Jane Birkin est à la liposuccion, loin de laisser la balle passer dans le bar en rebondissant, s’en empara avec sa vivacité naturelle (Il faut bien reconnaître ici un certain talent pour les jeux de ballon aux peuples de Méditerranée du sud…). Kadour donc se mit en tête d’expliquer à nos amis une théorie anglaise que l’on pourrait traduire par « Théorie de la prophétie auto-réalisée ». Plus une rumeur enfle de ceux qui la transporte, plus chacun ignorant de l’effet individuel au sein du groupe participe à la rendre exacte. « On parle de restriction de carburant, c’est peut-être une connerie mais je vais quand même faire le plein et prendre un jerrican de secours… ! ». Et quelques jours plus tard, la prophétie se réalise. Il se mit alors à citer un nombre impressionnant de cas les plus divers où cette prophétie auto-réalisée avait été mise en branle par des millions d’individus, ignorant individuellement de leur participation personnelle à sa réalisation collective. Visiblement cet exposé ne fit pas l’unanimité puisque Tite, mécanicien d’automobile de son état et qui est à l’économie ce qu’Eric Zemour est à la musculation, fit cette remarque définitive sur le sujet : « Oh pauvre con de melon, c’est pas parce qu’on achète de l’essence qu’il y a plus d’essence, c’est parce qu’il y a plus d’essence qu’on en achète…! ». Captain Dan, notre ami handicapé, émit un rire de crécelle et Kadour leva sur moi un regard lourd et désabusé. Je ne suis pas d’accord avec Romain Gary, ce sont bien souvent les hommes qui me désolent
Bon, pour ce qui concerne mes lectures, comme j’ai beaucoup travaillé à la correction définitive de « L’Arbre et la Pirogue » j’ai fait dans du classique, qui prend pas la tête et dont on est certain de la qualité. J’ai presque fini de relire tout Faulkner et je mes suis régalé. Yes, régalé ! Si vous voulez un conseil, allez donc vous plonger dans les 500 pages d’ « Absalon » et vous m’en direz des nouvelles. Allez, portez vous bien et rendez-vous à Fête du Livre de Toulon sur le stand de la Librairie Charlemagne.
Aout 2010 : Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Erwan Larher et toujours Yourcenar
Le mois d’août au soleil de plomb (minable cliché) écrase la campagne comme nos vies. Il semble que tout s’arrête et que nos capacités (souvent réduites) à comprendre le monde ralentissent comme tout peut ralentir en ce mois de « vacances ». Au passage rappelons que « vacant » est du même registre lexical ! Donc, il y a deux jours, nous étions quelques uns à discourir, sur la terrasse de Josette, sous ses magnifiques muriers centenaires. Il était tard dans la soirée et la « queue » du Mistral était passée. Il faisait frais, nous étions bien. Le sujet de cette conversation, outre les nouvelles du village qui vont des concours de boules jusqu’aux supposées infidélités de quelques jeunes voisines aux jupes courtes, prit comme centre principal l’affaire de cette femme qui va être lapidée en Iran. Elle est supposée être adultère et qui plus est, avoir organisé le meurtre de son mari. Le coupable du meurtre aurait été pardonné alors qu’elle, femme maudite et impure, mériterait de mourir sous les pierres de la foule. Je sifflotais mezza voce, la chanson de Brassens et le vers célèbre : « Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, je suis derrière… ». En fait, initialement, nous parlions de la religion car le ramadan venait de commencer. Vous savez, la fameuse phrase de Malraux sur un siècle qui serait spirituel ou qui ne serait pas… Certains de se réjouir de cet état de fait et d’autres de le déplorer. Kadour, dont je vous ai déjà parlé et qui est un laïc pur jus préféra longtemps rester silencieux car son appartenance aux peuples du Sud de la Méditerranée, laisse toujours planer un doute sur le bien fondé de ses propos. Pourtant, après que diverses conneries fussent avancées, il se permit de souligner deux points qui laissèrent planer un silence profond, lui-même frère d’une réflexion muette autant qu’intense. La première réflexion, venue du fond de son fauteuil comme une lance sifflante : « L’Islam est une religion qui comme toutes les religions est au service du croyant et de sa foi. Malheureusement c’est l’inverse que l’on constate ! Mais c’est le propre des religions que de glisser vers une sorte de fascisme de l’institution religieuse. Pourtant la pensée et le bâton peuvent s’y retrouver. Regardez, en ce qui concerne votre Christianisme, vous avez eu St Augustin et Torquemada… » Le silence qui s’ensuivit participa essentiellement du fait que rares étaient ceux qui connaissaient Torquemada et St Augustin ! Josette profita de cette interruption pour nous servir une petite goutte de son alambic (interdit par la loi…) et la conversation glissa à nouveau vers des sujets sans importance pour revenir enfin, à cette pauvre femme dans les geôles de Téhéran. Bert le plombier, que ses années de formation de syndicaliste et ses études dans les cellules de feu le Parti Communiste Français, années l’ayant ouvert à la géographie tant qu'à la géopolitique, se permit d’avancer : « Ils sont encore au Moyen Age, ces Perses… ! » Il insista sur « Perses » pour que la confusion ne se fasse avec les autres races bronzées, adeptes du méchoui et vivant dans les cités de nos grandes villes…et quelques uns au village, aussi. Alors, Kadour envoya son second trait : « La religion est dangereuse pour la démocratie de deux manières. La première parce qu’elle déteste la démocratie et tend naturellement à remplacer la loi par son dogme. La seconde parce qu’elle fait le lit des réactionnaires. Le peuple reçoit d’abord le coup de bâton du religieux et se relevant, il prend celui du petit homme en costume brun et à bottes cirées dans lequel il avait mis, maladroitement, ses espoirs». Et le silence revint sur notre petite assemblée, seulement troublé du ronflement de Mr D qui ne peut s’empêcher de s’endormir lorsqu’il regarde les étoiles et qu’aucune femme n’est dans son périmètre de chasse. Un grand silence… Enfin ponctuée par cette inoubliable phrase finale, s’adressant à un agrégé de philosophie : « Putain, il est pas con, cet arabe… ! »
Quelques lignes maintenant, sur mes lectures et un faire part de baptême. Bon, je ne serai pas réellement novateur puisque je me suis payé ce mois d’Août une « gaverie » de Yourcenar (indigestion impossible, le mets est bien trop fin…) depuis Hadrien en passant par ces pauvres Nathanaël ou Alexis. Mais, que voulez vous, je suis un fan ! « Tout est bon chez elle, rien n'est à jeter… » comme le disait aussi Brassens. J’ai lu, en sus, un Kundera décevant, alors je n’en parle pas. Par contre, au rang des bonnes nouvelles un de mes jeunes correspondants (je ne sais si le mot n’est pas impropre pour quelqu’un avec qui vous conversez sur le net et par mail…mais je n’en trouve pas d’autre !) va passer l’épreuve hautement difficile de la parution de son premier ouvrage Une sorte de baptême, de circoncision, d’initiation où le sujet Erwan sera le roi d’une fête dont il ne comprendra pas complètement ce qui se passe. Mais, néanmoins, et parce que ce type écrit bien, (j’ai suivi son travail sur internet) je vous conseille son roman ("Qu'avez vous fait de moi" chez Michalon) où vous découvrirez son héros, Léopold Fleury, un pied dans chaque monde, le réel et l’irréel. Mais n’est ce pas la posture de l’écrivain que ce chevauchement des univers ? Allez courrez le 26 aout chez votre libraire, le bouquin sera sur la table ! Hasta la vida !
3 Août 2010 Les plus pauvres, hélas, et Yourcenar, la merveilleuse Marguerite!
Ce matin c’est vendredi, jour de marché au village. Tout le monde se croise depuis le café jusqu’à la place et les étals sont le lieu d’échanges commerciaux et verbaux passionnés. J’ai vu arriver de loin la grosse Rosette. 1m25 sous la toise, 97 kilos à la pesée sa démarche ne peut échapper à personne, alors qu’elle fend la foule à hauteur des cabas, 40 cm sous la ligne de flottaison. Encartée à l’UMP, tant que paradoxalement chômeuse de 41 ans, ce vendredi matin Rosette ne semblait pas d’une humeur radieuse. Je m’empressai de l’attraper par le bras, évitant par là-même qu’elle ne soit bousculée par la large foulée d’un gigantesque Yorkshire qui passait par là pour la conduire sous la glycine du café où je lui fis servir quelque rafraichissement. S’épongeant méthodiquement l’entre seins comme les aisselles, je la vis revenir peu à peu au calme qui doit prévaloir à tout membre du parti présidentiel, qu’il soit en relation avec le Pôle emploi comme Rosette ou avec l’héritière de l’Oréal comme Mr Woerth. Je pensais que c’était cette affaire qui troublait mon amie. En effet, elle-même à la recherche d’un emploi, elle aurait pu trouver déplacé que l’on fasse le procès du ministre pour avoir trouvé une place à son épouse. Tout le monde doit lutter contre le chômage, non ? Mais là n’était pas le souci de mon ami… En effet, elle sera en fin de droit dans deux mois et son mari est un adulte handicapé. Lui-même, anarchiste avéré qui partage avec moi la passion pour le jet de pantoufle dans la télévision, n’avait pas cru un seul instant aux promesses électorales de la présidentielle concernant les pensions.
Pour ceux heureusement ignorants de ce sujet, je rappelle que les pensions des adultes handicapés se traînent aux environs de la moitié du Smic. Il est impossible de vivre avec ce montant d’autant que le « bénéficiaire » de cette pension ne peut travailler et du fait de son handicap est soumis à des frais supérieur à celui d’un adulte « valide ». Cette injustice ne pouvait échapper à notre Guide. Dans son immense vision des nécessités premières de notre nation, l’homme de petite taille aux indomptables mouvements d’épaules et qui ne se déplace qu’en « joggant » accompagné de gardes musclés, ce timonier de notre nation, avait promis lors de son parcours glorieux vers le pouvoir de ramener en cinq ans cette pension de misère au niveau du Smic. L’année 2009 de son règne de géant, la dite allocation fut augmentée de quelques dizaines d’euros. Et cette année nada, zob, que dalle… ! J’en étais à ce stade où l’amertume peut presque confiner au rire devant l’absurdité de ce monde et de ses gouvernants lorsque apparu le Captain Dan. C’est ainsi que je surnomme le mari de Rosette, longs cheveux aux épaules et cloué sur son fauteuil mécanique comme l’officier blessé, ami de Forest Gump dans le film du même nom. Il était dans une très grande fureur. D’abord à cause de ce que nous venons d’évoquer concernant ses pauvres ressources, ensuite car il venait de dévaler une nouvelle fois la rue de l’église à 120 km/h avant de frapper le trottoir de la place qui n’est pas adapté à ce genre d’acrobatie. Il se fraya un passage au milieu des tables puis regardant lourdement Rosette, il leva la main dans le geste de celui qui veut donner une gifle et qui sait qu’il ne le fera pas. Puis il murmura entre ses dents : « Et dire que cette pauvre connasse a voté pour lui… ! ». Rosette baissa les yeux avant de redescendre au marché, midi approchait les prix baissaient et les poubelles des maraîchers pleines de mauvais légumes qui feraient son bonheur et celui de Captain Dan. Sale époque pour les pauvres.....
Comment ne pas dire pédé…C’est le challenge que s’était fixé en 1929 Marguerite Yourcenar dans « Alexis ou le traité du vain combat ». Un texte étonnant ou un homme écrit 120 pages à sa femme pour lui dire qui il est et pourquoi il la quitte. Un style époustouflant et difficile, de l’or dans l’encre. Marguerite the Best !
25 juillet 2010: Allez, allez ! Ne vous gênez pas…On peut en supporter encore plus !
De retour de Bonifacio où sa copine Paris Hilton l’avait abandonnée à l'aéroport de Corse du Sud (pour se plier à la fouille de ses bagages et la saisie conjointe de sa dope par la police de l'air), Josette Roucas était de retour au village ce jeudi. Tout le monde se pressait pour l’entendre commenter ces quelques semaines passées avec l’héritière du loueur de chambres, autour du monde, dans les avions comme dans les lieux branchés prisés par la jet-set ! Alors qu’au même moment la décervelée américaine prenait une douche au champagne à Pampelone, sous le regard envieux des clients du camping voisin, dégustant leur sandwich rassis, Josette pérorait dans la salle du café du village, vers 19h00 et sous une canicule de feu. A chacun son Panthéon…A chacun son podium! Mais enfin, tout un chacun voulait des nouvelles de la blonde sulfureuse qui filme ses ébats sur internet et dépense sans compter alors même que plus de la moitié de la terre essaye, pour le moins, de ne pas mourir de faim. Bon, enfin, il faut de tout pour faire un monde comme le disait ma grand-mère. C’est à l’occasion d’un instant de calme que mon ami Kadour, notoirement sud méditerranéen comme enseignant de philosophie au lycée voisin, se permit une réflexion qui, je dois le reconnaître, ne fit pas l’unanimité loin de là. Chacun ici de penser que ce n’est pas parce que « malgré que l’on soit arabe et que la porte du café vous soit pourtant ouverte » qu’il faut se permettre d’avoir des point-de-vue et de les mettre en avant. « Bois et tais-toi ! », serait un peu la manière de voir de ce petit peuple concernant les gens d’origine transfrontalière et un tant soit peu basanés. Kadour, donc, revenant sur la capacité des français à se laisser prendre pour des cons (un de ses sujets favoris, d’ailleurs) se proposa de lister les trois derniers évènements qui témoignent de cet état de fait. Le premier, la Roselyne, grasse comme un moine et pour autant Ministre de la santé et du sport, qui affirme qu’un joueur de foot mis en examen ne peut être sélectionné en équipe de France. Kadour conclura sur ce sujet en disant que c’est la preuve que le foot est plus important que l’assemblée nationale, puisqu’un député mis en examen ne démissionne pas, demeurant innocent (et ce n’est que justice) jusqu’à son jugement. Un silence s’installa dans la salle car sous ses airs de manœuvre maçon, le Kadour sait manier l’art de la rhétorique. Il enchaîna aussitôt (il ne faut pas lâcher un auditoire conquis…) sur le décret de cette même grosse Roselyne, la femme qui a des milliards de vaccins et de masques dans son armoire à pharmacie, interdisant la vente des cigarettes aux mineurs de moins de 18 ans mais … ne leur interdisant pas de fumer ! Tu peux fumer mais t'as pas le droit d'acheter ! Un vrai paradoxe qui laissa un peu plus la clientèle du café dans la difficile obligation des habituels « yaka» et « y faut que » nécessaires à tout con pour donner l’impression qu’il a saisi qu’on se joue de lui mais qu’il a des solutions… Pitoyable ! A ce moment du débat, dans ce rural parlement du peuple qu'est ce café, certains ignorants, tant que fortement alcoolisés, se mirent à apostropher Kadour, lui proposant d’aller rencontrer les accueillantes populations mâles grecques afin d’y parfaire sa sexualité tant que rabaisser son caquet de moraliste. Que nenni, que nenni ! Kadour, dans un élan généreux, suicidaire et d'une inconscience rare, posa délicatement la cerise sur le gâteau en évoquant la visite du guide de notre nation, de commune renommée originaire d’une ancienne république socialiste, de petite taille et au physique de dispensé de gym, le Président sur le tour de France ! « Il faudrait plus de gens comme vous dans le cyclisme… ! » fit-t-il à Lance Armstrong depuis la voiture climatisée qui le conduisait au terme de l’étape. Au même moment aux USA, Floyd Landis, ancien vainqueur et dopé repenti assurait sous serment devant un juge et une foule de journalistes avoir vu le dit Armstrong se doper avec ses collègues de l’US Postal ! L’ensemble de la presse ayant repris cette information, comment notre souverain guide pouvait-il se fourvoyer ainsi ? Et Kadour de conclure par cette tirade qui restera comme l’élément déclencheur de la seconde bagarre générale de l’année dans notre tranquille bistro: « Il faut pas qu’ils se gênent…On est tellement cons qu’ils peuvent tout nous faire gober ! ». La première chaise qui vola fut pour ma tête !
Allez, un peu de lecture dans ce monde de brutes ! Je viens de terminer « J’aurais voulu être égyptien » d’Alaa el Aswani, l’auteur de « Chicago » et de « l’Immeuble Yacoubian ». Toujours ce sens pictural exacerbé dont le pinceau se pose sans concession sur la société de son pays. Un pinceau précis comme un laser scrutant un état à cheval entre deux époques, entre deux mondes. Se lit en quelques heures, se déguste comme une pêche juteuse du plein été, le menton humide et le t-shirt tâché ! Un régal. J’ai aussi lu le dernier Laurent Gaudé « Les Portes de l’Enfer ». J’avais adoré son « Roi Tsongor » bien plus d’ailleurs que son « Soleil des Scorta » primé un an plus tard et je suis toujours en recherche, chez cet auteur, de la puissance de ce roman. Bon, même si je ne l’ai pas retrouvée dans ces « Portes de l’enfer, il s’agit tout de même d’une excellente littérature. A recommander.
Bon, Basta, C'est tout pour aujourd'hui !
30 juin 2010: Oh! Pas besoin de nous prendre pour des cons…et le grand William Faulkner
De retour d’un long voyage hors de France je redécouvre sans surprise, les évènements excitant nos machines à télévision. La coupe du monde de balle au pied de même que les rocambolesques aventures de notre équipe nationale en sont le cœur quotidien. « Panem et circenses » reste donc d’actualité à notre époque bénie. L’homme de petite taille et d’origine transfrontalière, celui-là même qui n’a pas pied sur la plage du Cap Nègre et qui préside aux destinées de la France debout sur ses talonnettes, à cru bon de convoquer un joueur à l’Elysée pour quelques explications, voire quelques remontrances bien senties. Fin stratège, c’est le joueur le plus doué de la main qui est venu donner son avis sur les problèmes de notre équipe de balle au pied… Je suis donc à me dire qu’on ne se donne même plus la peine de nous prendre pour des cons de manière voilée, on le fait désormais tout à fait ouvertement. Pour preuve de ce que j’avance, ces échanges entendus hier soir. J’étais assis hier à la terrasse du bar de mon village, lieu favorable s’il en est pour comprendre la (mauvaise) santé mentale du pays, et peut-être celle du monde. Autour de l’anis bien frais, étaient attablés quelques grands personnages, analystes reconnus de l’actualité internationale. Tout d’abord, mon amie Josette Roucas, de retour des USA avec du pétrole plein les chaussures. Elle avait assisté Paris Hilton dans son noble combat pour sauvegarder les établissements de nuit siégeant sur les plages du Golfe du Mexique du désastre de la marée noire. Les oiseaux, c’est une chose, les night clubs en sont une autre, il faut bien que quelqu'un se dévoue… En face, Bert le plombier qui rentrait de la manifestation parisienne contre le projet gouvernemental sur les retraites. « On s’est fendue la gueule… » disait-il, en exhibant une cicatrice frontale, résultat d’un désaccord entre syndicats sur les dates de mobilisation. Maintenant, plus besoin de bavure de la police, le syndicat se crachent dessus et « à chacun sa manif » ! Enfin, en équilibre, se balançant sur deux pieds de sa chaise, le sournois Mister D, raciste professionnel à la libido surdimensionnée qui menait le débat. Celui-là donc, sur le coup d’une interdiction du domicile matrimonial pour cause de coucherie extra conjugale, laissait couler quelques litres du fiel qu’il aurait préféré déverser sur son épouse. Mais le courage n’est pas toujours au capital des maris infidèles. Alors, pendant près d’une heure, sous sa houlette vicieuse, chacun y est allé de son couplet sur les nègres trop payés qui parlent un français approximatif à la télé pour excuser une grève d’entraînement en Afrique du Sud. Pendant une heure, la marée noire et les retraites se virent rangées au rang d’évènements sans intérêt. Pendant une heure, tous furent d’accord sur tout. D’accord sur le futile et négligeant l’essentiel. Je me fis alors la réflexion, qu’effectivement il n’était pas besoin de nous prendre pour des cons. Nous l’affirmions désormais tellement haut et fort que s’en est une évidence. Les chiffres du chômage explosent et on demande au gens de travailler plus longtemps, la planète est martyrisée et on nous parle de foot. Pour en finir et pour la petite histoire, Mister D n’aurait pas dû traiter le joueur italien Cannavaro de « libero de merde » car la famille de Bert le plombier est originaire de Toscane. Bert fit donc, malgré sa blessure, la démonstration de sa capacité à jouer de la tête, spécialité des défenseurs italiens, en assénant un coup de boule à Mister D, l’expulsant au même instant de la conversation tant que du monde conscient. Le foot d’accord, mais y a des limites à ne pas dépasser !
Concernant les lectures et mes médiocres recommandations, j’ai dévoré (ou redévoré) presque tout Faulkner durant mon voyage. Un titre pourtant, une sorte de farce qui n’a pas bénéficié d’un très grand succès en France et qui m’a emporté ligne après ligne : « Alors que j’agonise ». Les deux fils, la fille et le père essayent par tout moyen de ramener le corps de l’épouse décédée vers le cimetière de la ville. Un régal. Maintenant, à la prochaine et bon…foot !
11 Avril de bonne humeur…et le Cercle...!
Une fois n’est pas coutume, je suis plutôt de bonne humeur. Vous me direz que mes états d’âme ne regardent que moi et qu’il n’est peut-être pas nécessaire de les faire partager ici. Mais il se trouve que certain lecteur, que je ne nommerai pas mais qui se reconnaîtra, m’a fait reproche de ne pas parler de choses heureuses que la vie propose inévitablement devant nos pas. Dont acte…Tout va bien, je vais bien…comme dans le sketch connu ! Ma voisine Josette me faisait, elle aussi, remarquer que le bonheur demandait parfois d’être affiché. Elle en prenait pour exemple cette sale affaire de la « rumeur » obligeant l’épouse de l’homme de petite taille et d’origines notoirement transfrontalières qui préside aux destinées de notre nation à venir affirmer devant des micros que tout allait bien chez eux. Peut-être devraient-ils (ce jeune couple présidentiel) faire paraître un « bulletin de santé affective » comme cela se fait pour la santé physique du chef de l’état. On y lirait par exemple « hier a 20h00, le Président a fortement tancé son épouse avachie sur le canapé. Mais le sujet n’est pas grave, il s’agissait de la cuisson de tagliatelles » Ou bien encore « vendredi 10, madame la Présidente au sommet de son pic hormonal a fait diverses remarques à son époux. Rien de grave, il s’agissait de ne pas laisser traîner ses chaussettes ». Donc je ne peux être que de bonne humeur à la lecture des journaux qui font ripaille de la dite « rumeur ». En effet, j’imagine parfaitement Mme De Gaulle venir à l’ORTF pour affirmer qu’elle file le parfait amour avec le grand Charles. Times are changing…comme le chantait Bob Dylan.
Pour le reste, je suis en pleine phase de correction de mon dernier manuscrit. Le texte est là, reste à le mettre en valeur. Comme le disait Paul Valery, « le style, c’est le fond qui remonte… ». Je propose les premières lignes du projet de roman dans « Travail en cours ». Pour ce qui est de mes lectures, je lis le gros pavé au titre insolite « Le Cercle Littéraire des amateurs d’épluchures de pommes de terre ». Sans prétention, ce bouquin écrit par une vieille dame est sorti après plus de trente ans de tentatives infructueuses de parution. Il a le goût inimitable de la littérature anglaise des années 30. On se coule dans le format imposé (il s’agit d’échanges de lettres) et les personnages se dessinent seuls, dans l’imaginaire du lecteur. Une jolie gourmandise anglaise ! Et pour la bonne bouche, un classique que je viens de relire (j’adore relire…) et sur lequel je n’ai pas d’avis à donner, le vôtre m’est connu : « Le Bruit et la Fureur » de Faulkner. Putain, le style et la construction… ! Il n’a pas obtenu le Nobel par piston, le William ! Cela remet les « pendules à l’heure ». J’ai encore du travail sur la planche….
1 er Avril et pas de poisson...Zemour, Paul Auster et Nicolas Rey
Vous avez certainement suivi, comme tout un chacun, le tsunami déclenché par le sinistre Zemour, homme de pensée à la taille modeste et au physique de « dispensé de gym » dans vos machines à télévision. Comme Voltaire le disait « Même si je ne suis pas d’accord avec vous, je me battrai pour que vous puissiez le dire…. », il est insupportable de ne pas pouvoir évoquer une opinion. Il est tout aussi naturel de la commenter. Dont acte ! La scène se déroule au bar du village où siègent différents parlementaires locaux, spécialistes de l’économie, de la sociologie, de TF1 et du foot ball. Le réputé Mister D, reprenant les termes du nain fielleux cité ci-dessus, affirmait que 70 % des malfaiteurs et des dealers de drogue étaient des arabes et des noirs. Affirmation semblant retenir l’assentiment unanime de notre très locale et souveraine assemblée. Pendant que le patron, économiste réputé, profitait de ce calme pour faire resservir une tournée offerte (en préambule espéré à de nombreuses autres payantes…), mon ami Kadour lança vertement que 70 % des gens qui souffraient de ces malfaiteurs étaient aussi des arabes et des noirs. Comme le français de Kadour est fortement coloré par ses origines subméditerranéennes, une sorte de silence pesant s’établit. Les parlementaires du bar aiment bien Kadour. Surtout lorsqu’il ferme sa gueule. Qui plus est, comme il enseigne la philosophie au lycée, il suscite une certaine réserve de la part de ses auditeurs. Ici, les intellectuels, on les préfère un peu moins basanés. Mais Kadour était en verve et je sentais que le conflit allait s’installer ! Malgré la main amicale que je lui posais sur l’épaule, il affirma que la vérité devait être abordée sous toutes ses faces, faute d’être victime de présentation perverse telle que celle évoquée dans l’émission, éminemment culturelle, du piètre Ardisson. Conscient « des retombées de nos discussions sur la pensée du siècle » (il avait dit cela en rigolant mais ne fût, visiblement pas compris…) il aborda le délit de faciès, qui le fait être contrôlé par la maréchaussée entre cinq et six fois par jour et lui a valu d’être hébergé 48h00 dans les geôles de Mr Hortefeux, rouquin aux yeux bleus craignant le soleil, aimant regarder de plus près les activités forcément illicites des gens bronzés. Mister D, tel le coq vaillant et gaulois, se leva pour dire avec la fermeté et l’a priori dont il fait son lisier : « Normal qu’on les contrôle, puisque c’est eux qui volent et trafiquent ». Kadour allait répliquer, lorsque Josette Roucas, 55 ans cultivatrice et amie intime de Paris Hilton, se dressa à son tour, abandonnant à regret son rituel armagnac de 16h00. Elle fit à Mister D, une remarque pertinente sur l’accord du verbe « être » avec un sujet au pluriel qui fit ricaner le lettré Kadour. Remarque suivie immédiatement d’une autre aussi surprenante « Vous avez raison, il faut accentuer la pression et les contrôles d’identité sur les criminels… On devrait faire des contrôles autour des salles de catéchisme, des tribunaux de commerce et des bureaux de la Défense…98% des pédophiles sont blancs, comme sont blanc les criminels financiers et les mafieux qui tiennent les réseaux ». C’est à ce moment que le Père Thierry, qui buvait son hypocrite infusion arrangée de rhum au fond de la salle, se leva pour entamer une sortie discrète. Alors Josette, tribun superbe et triomphant, le désigna en l’interpellant : « …Et je ne vous parle pas des ecclésiastiques…N’est-ce pas mon père ? …». La première chaise vola à cet instant, déclencheur d’un affrontement physique enthousiaste tant que général. La gendarmerie intervint, ramenant le calme de subtile manière par l’interpellation de Kadour. Une fois la paix revenue, Hélios, sexologue réputé et spécialiste de la question du fait de ses origines grecques, affirma de l’intérêt marqué par les populations Maures pour les pratiques sodomites. Fin des débats !
Parlons un peu de littérature et de recommandations de lecture. J’ai fini « Invisible » de Paul Auster, chez Actes Sud, magnifique comme à son habitude de facilité, de construction etc… Il est « trop » fort ce type ! Une de mes idoles ! Ensuite le petit (très petit, trop petit) roman de Nicolas Rey « Un léger passage à vide », éditions du Diable Vauvert, plein d’humour parfois très critique sur un certain monde parisien de la littérature et du journalisme. Son héros part en vrille sous l’effet cumulé de la naissance de son premier enfant et d’une incapacité notoire à vieillir… Cela peut nous arriver à tous et j’en sais quelque chose !
17 mars, Les Régionales ou l’extension du domaine de la lutte !
Dimanche soir j’étais invité chez ma voisine pour dîner et commenter les résultats des élections régionales. Lorsque je dis « commenter », il faut entendre surtout « se disputer »… C’est encore cet incroyable paradoxe que la France n’aille pas voter mais soit toujours prête à donner son avis, en tout lieu et à toute heure, sur la chose politique. Donc, vers 20h00, et afin de donner du corps à notre raisonnement, nous étions assis à la longue table de cuisine, face à la télévision et Josette Roucas, la désormais célèbre copine de Paris Hilton, nous servait sa magnifique daube… Notre aréopage d’analystes politiques, la panse en cour de remplissage, pouvait se laisser aller (premier bouton du pantalon déboutonné) à de précises tant que judicieuses remarques, d’un verbe incisif et profilé comme la calandre d’une Maserati. Je vous fais grâce des quelques habituelles invectives concernant la sexualité supposée que chacun ne manqua de proférer concernant les leaders du camp qui n’était pas le sien. Comme nous vivons en Provence, pays radieux sous le coup de l’occupation des familles aisées du septentrion de notre belle France, qui ont transformé leur résidence secondaire en lieu de retraite, et pour qui un type un peu bronzé n’est pas forcément très clair (jeu de mots…). Comme de plus, une grande partie de notre population est originaire de l’immigration italienne et qu’il est bien connu que les immigrés ne se supportent pas entre eux et cela, notamment, lorsqu’ils ont oublié d’où ils viennent. Enfin, comme notre région est démographiquement la plus vieille de France et que par nature le « vieux » ne comprend pas le « jeune », tous les ingrédients étaient réunis et Mr D pouvait plastronner devant le succès de son favori : Jean Marie (Il l’appelle toujours "Jean Marie", je suis à penser qu'ils ont très certainement mené des interrogatoires en commun à Alger…). A force d’étaler sa superbe il en vint à fortement indisposer l’assistance (...Publique…aurait ajouté le regretté Pierre Dac) et particulièrement notre ami Bert, 47 ans, plombier tant qu'analyste politique de renom et membre impromptu du Front de Gauche du fait de sa carte froissée de feu le PC. Il sauta donc, par-dessus la table, sur l'insupportable Mr D, s'étant préalablement et habilement armé de sa fourchette dégoulinante de sauce, avec le dessein évident de la lui planter entre les yeux ! Le malheureux supporter de Jean Marie, ne dut de conserver son intégrité visuelle qu’à l’intervention appropriée de Rosette, 1m25 sous la toise , 97 kilos à la pesée, et paradoxalement chômeuse de 41 ans tant qu’électrice de l’UMP…S’en suivit un foutoir sans nom qui vit Josette hurler pour le retour au calme alors que Rosette, couchée au sol d’un revers de bras lors de sa courageuse intervention, se débattait sous les assauts de Fitou, l’épagneul, parti explorer les dessous de ses jupes avec des idées bien arrêtées !
Lorsque tout se fut calmé, je proposai à cette bande de siphonnés un conte politique destiné à clarifier leur jugement ou, pour le moins, établir une pause au débat tout en sirotant une vieille prune pour l'un, un grand armagnac pour l'autre…En préambule, j’avançai comme titre celui de Houellebecq « Extension du Domaine de la Lutte », car en effet les problèmes satellites peuvent se retrouver écartés alors qu’ils sont la branche sur laquelle nous sommes assis ! Le conte, donc:
Sur la dunette d’un grand navire, des hommes et des femmes s’affrontent. Le sujet est de savoir comment faire avancer au mieux le bateau. Un groupe dominant, mené par un homme nerveux, de petite taille et d’origine Magyar propose la première solution : « Supprimer un marin sur deux, confier la mécanique à une société privée, rallonger la durée des « quarts » de veille ». Le second groupe, sous la houlette d’un femme rondelette, à la poigne ferme et n’ayant pas fini de couper le cordon avec son brillant économiste de père, avance : « Plus d’éducation vers les mousses notoirement illettrés et vindicatifs, accompagnement des vieux marins fatigués, aide renforcée du commandement du navire vers les soutes à charbon, imposition renforcée pour les passagers des ponts supérieurs ». Le troisième, un ancien facteur devenu marin du fait de la proximité avec la Seine de son très joli appartement parisien, appuyé par quelques autres installés à sa gauche, prône : « Tout changer sur ce bateau de merde, ouvriers marins emparez vous du navire…et pendons l’armateur et l'aumônier ! » Il est à noter que ce gentil garçon ne souhaite pas, pour des raisons idéologiques, gouverner le dit navire. Ce qui n'est pas le cas des autres. Au fond de la salle, un officier originaire du Sud Ouest marmonne dans sa barbe mais personne ne semble l’écouter. Il faut bien dire qu’ayant fait son école navale sur le Gave de Pau, sa crédibilité n'est pas franchement affirmée, concernant la gouvernance des navires de haute mer. Devant lui, un ancien corsaire, bandeau sur l’œil, torse bombé au devant de ses contradicteurs donne sa vision du problème : « Virez les marins noirs et arabes, priorité aux marins français. De plus, Jeanne d'Arc est avec nous… » C’est alors qu’une petite jeune femme se dresse en levant timidement la main. Elle est vêtue de vert des pieds à la tête et regarde tous les autres comme s’ils étaient fous en disant : « Je crois que nous nous trompons de sujet. Le moment est plus grave que vous ne l'imaginez: il y a une voie d’eau à l’avant et le bateau coule pendant que vous discourez… ! »
Bon voilà pour cet article…Si je commence à glisser vers le conte, l'année prochaine j'écrirai pour les enfants. En ce qui concerne la littérature, je n’ai rien lu qui mérite d’être signalé et les habitués de ce site savent que je n'aime pas parler des bouquins que je trouve "un peu limites", voire "moyens" comme parfois particulièrement "mauvais". Rien à signaler donc, sauf la sortie d’ « Invisible » de Paul Auster que je vais, de ce pas, acquérir chez mon libraire favori !
8 mars, Les Islandais, Camus, Houellebecq et Jaenada !
Alors que je faisais une pose au bar du village, le parlement du peuple où, conformément à tout parlement, siègent quelques étonnants imbéciles, mon oreille lasse fut attirée par le sujet qui était à l’ordre du jour des débats. La nationalisation des banques islandaises. Le sujet hautement exotique, abordé par Mr Zé, 48 ans, boucher charcutier, économiste réputé tant qu’alcoolique convaincu, est aussi simple que complexe. Dans ce petit pays, il est facile de faire savoir ce que l’on pense. Alors, des Islandais en colère sont allés manifester devant la maison de leur président pour lui signaler qu’ils ne voulaient pas être pris pour des ânes. Etat d’esprit salutaire et pratique qui l’est tout autant, que nous aimerions voir perdurer sur les rochers du Cap Nègre, lieu de villégiature habituel de l’homme de petite taille et d’origine extra frontalière présidant actuellement aux destinées de notre nation. Les Islandais ont donc arraché un référendum sur le sujet « Doit-on rembourser les fonds britanniques (et autres) qui sont venus spéculer dans nos banques Islandaises, et y ont perdu leur culotte ? » En deux mots, le contribuable islandais qui va déjà payer les erreurs de gestion de ces banques doit-il, en sus, rembourser ceux qui venaient y faire du blé sur son dos ? Je trouve cette position populaire grandement intéressante et propre à nous mettre en face de questionnements citoyens similaires. Je ne manquerai pas de vous tenir informés des résultats et des rebondissements que ce référendum soulève dans ce petit pays, et ce, dans la quasi-indifférence (feinte ?) de la presse occidentale. Mon amie, Josette Roucas, 55 ans, cultivatrice, qui sirotait son Cointreau de cinq heures à mes côtés alors même que son chien Fitou essayait, une fois de plus, de convaincre ma basket droite d’une rapide copulation sous la table, Josette, donc, me glissa, la babine sirupeuse collée au bord de son verre : « Il n’y a pas à dire, ils craignent pas le froid les Islandais. Même avec les testicules gelés, la production de testostérone est toutefois bien là ! » S’en est suivi un échange sur le climat comme vecteur de la dite hormone !
Bon, venons-en à la littérature. Comme vous le savez, je ne parle pas des livres que je n’ai pas aimés. Donc, hélas, pour cette quinzaine, la chance n’avait pas répondu « présente » ! Néanmoins « Le Chameau Sauvage » de Philippe Jaenada sauva cette dernière quinzaine ! Il a aussi interrogé ma curiosité littéraire car, dans mon esprit troublé, (d’aucun se sont déjà rendu compte de cette attristante faiblesse…), il existait entre son héros et d’autres héros, une sorte de filiation, ou plutôt une sorte de « cousinage ». J’ai donc relu certains ouvrages mettant en scène quelques héros « fatigués du teston » comme on le dit en Provence, pour tenter de les mieux comprendre… Et pas des moindres. Meursault dans « l’Etranger » de Camus, l’informaticien de Houellebecq dans « Extension du domaine de la lutte » et le héros sans nom du « La Course du mouton… » de Murakami. Dans les trois romans comme dans celui de Jaenada, et c’est ce qui a peut-être fait leur succès, l’univers installé par l’auteur (narrateur à la première personne) est un univers de l’intime présenté comme un univers « partageable ». Ces mecs ne vont pas particulièrement bien, loin de là, et les ponts sociaux avec le monde extérieur semblent petit à petit se couper jusqu’à devenir infranchissables. Le lecteur participe de ce point de vue comme il participe à la lente dérive. Il admet la vision du héros et, assis avec lui au bord de la rivière, il regarde ces ponts vers la réalité donnant sur la berge d’en face, en comprenant qu’ils sont devenus inutiles. Ce sont des sortes de « contes de la folie partagée ». Par contre, bien avant que la réputation de leurs auteurs soit (fort justement) acquise, j’ai la conviction que ce furent des ouvrages difficiles à faire paraître. Cela explique peut-être l’insuccès actuel (malgré quelques entretiens téléphoniques, satisfaisant tout au moins mon ego, avec de grandes maisons parisiennes) concernant mon manuscrit « L’Arbre et la Pirogue ». En effet, ces textes nécessitent une « mise en ambiance » de plusieurs chapitres, loin de la rapide accroche racoleuse dont l’écrivain essaye parfois de doter ses premières lignes. Les romans qui mettent en scène ce type d’univers, l’écriture volontairement lente comme peut l’être la démarche fatiguée d’un lendemain de fête, demandent, comme certains grands crus, d’être un peu mâchés avant d’être avalés. Bon, basta ! Je vous recommande le Chameau Sauvage comme les trois autres que vous avez certainement déjà lus.
24 Février 2010: Le nègre, le Tigre et Philippe Jaenada
Je venais de passer devant la maison de ma voisine, Josette Roucas, 55 ans cultivatrice, que vous connaissez mieux désormais qu’elle fait la une des magazines people avec Paris Hilton. Bon, mais il faut bien que l’on « fasse les sarments » et les vignes commandent. Josette est donc revenue au village ! Elle héberge temporairement Mister D, l’homme qui essaye toujours de séduire votre femme entre deux propos bien sentis du type « les esclaves étaient heureux… ». Mister D a été récemment mis à la porte de sa propre maison suite à une sordide histoire d’escapade à Porquerolles que sa légitime n’a pas appréciée. Il n’en demeure pas moins que Josette lui a offert une hospitalité qui peut lui faire courir quelques risques lorsque l’on connaît la libido exacerbée de ce vieillard. Josette m’a donc fait le signe de venir prendre le café et nous nous sommes installés dans sa cuisine. Le libidineux nous écoutait, les fesses appuyées contre la pile (l’évier en provençal). Nous évoquions cette incongruité de voir Gérard Depardieu tenir le rôle d’Alexandre Dumas dans le film éponyme. Tout de même, il y a des limites à la bêtise, non ? Mais faire jouer un métis par un blanc, n’est-ce peut-être pas la réponse à ce débat sur l’ « identité nationale » qui a passionné dix huit personnes en France et fait rire (tristement) le reste de la population? Alexandre Dumas noir, cela ne devait pas coller parfaitement à l’image que se fait la France d’un écrivain « classique » ! « La prochaine fois on verra Catherine Deneuve jouer le rôle de Joséphine Baker… », remarqua fort justement Josette. A ce moment, Mister D, qui ne reste jamais très longtemps dans sa supposée réserve, en sortit avec, il faut bien l’avouer, un très bon mot : « Dans ce film tous les nègres sont blancs… ! » Il faisait allusion à Maquet, rôle tenu par Benoît Poelvoorde, assistant et « nègre » historique de Dumas. Nous en étions à nous lamenter sur cette histoire (lamentable) lorsque Mister D, toujours au fait de l’actualité nous signala la conférence de presse organisée par les sponsors de Tiger Woods. (Les noirs intéressent toujours Mister D !) Une (tout aussi lamentable) mise en scène avec caméras, journalistes et amis du couple devant lesquels le champion est venu s’excuser de son inconduite matrimoniale. Pour ceux qui l’ignorent, le jeune champion de golf s’est illustré par un record d’aventures extraconjugales qui le mettent en haut du tableau d’une spécialité se pratiquant avec d’autres balles. Je fis remarquer que cette mise en scène de l’intime me semblait surréaliste et fortement teintée d’intérêts « marketing ». Mister D, de son côté, et fidèle à lui-même, ne pouvait pas manquer de signaler que les noirs se comportaient toujours comme des animaux (sic). C’est Josette qui éclaira le sujet, alors qu’elle passait une éponge sur la toile cirée en disant, avec cet acuité de l’analyse qui me fascine : « Il y a une morale à cette histoire, c’est que même les tigres peuvent s’attraper par la queue… ! ». A méditer.
En ce qui concerne mes lectures du mois, elles furent pauvres car j’ai consacré beaucoup de temps (et de nuits) à mon travail. Néanmoins, j’ai relu Carmen de Mérimée (J’avais revu chanter l’opéra pour Noël), deux nouvelles de Joseph Conrad que j’adore et commencé le bouquin de Philippe Jaenada « Le Chameau Sauvage ». Il avait reçu le prix de Flore pour ce livre, il y a une dizaine d’années. Je ne connaissais pas l’auteur mais le hasard d’Internet, nous a mis côte à côte en "intervenants" sur un blog concernant le monde de l’édition. Les posts de ce type m’avaient intéressé et les miens semblaient aller dans le même sens. J’ai été tenté de lire sa production. Surprise, un style très personnel, une dérision avec un arrière goût de Frédéric Dard de ce siècle, un personnage perdu hors (et dans) lui-même, vivant une histoire dans un univers semblable à celui de Murakami. Le japonais ayant écrit « La course au mouton sauvage » doit on y voir un clin d’œil ? Je finis le bouquin et je vous en reparle. Hasta la vida et Banzaï !
28 janvier 2010 Darwin, Roth, Updike et Guenassia…du beau monde !
Hier après midi, je me morfondais empêtré dans l’incapacité à résoudre la syntaxe supposément parfaite que j’espère d’un médiocre chapitre. Force café, nicotine, tant que véhéments grattements de l’entrejambe n’y faisant rien, je décidai donc d’aller faire courir mes chiens dans les vignes. J’estimais, à tort, que l’air pur pourrait peut-être apporter la clarté espérée pour mon travail. Mais, rien n’y faisant, je laissai donc les chiens courir tout seuls après les étourneaux pour me diriger vers ce haut lieu de calme et de réflexion, le bar du village ! Au comptoir, souverain habituel des joutes oratoires campagnardes, trônait Mister D, sa moustache en bataille, le béton de ses convictions solidement armé. L’homme et ses discours sont un spectacle ! Tout le monde y allait de son analyse sur la prestation télévisée de l’immigré hongrois de faible taille (dixit Mister D…) qui gouverne la France. Silencieux, attablé dans un coin, j’observais le débat, assis avec mon pote Kadour qui parle provençal avec un fort accent. Puis, comme c’est souvent le cas, lorsque les arguments s’éteignent, se fit une sorte de silence très justement mis à profit par le patron pour reprendre commande d’alcools anisés. Mister D en profita pour reprendre, quant à lui, la tribune de ce parlement du peuple, en évoquant le cas attristant de Mme Dati Rachida, ancienne ministre à la garde robe de prestige comme aux notables origines transfrontalières (toujours selon Mister D…) et présentement exilée à Strasbourg. Il y alla de sa sentence définitive : « La Rachida, ils l’ont virée en Alsace parce que personne sait qui est le père de son enfant…Maintenant,de vous à moi, c’est pas demain qu’il se manifestera, le type, il est pas fou… Ministre un jour, arabe toujours ! » Rire gras de l’assemblée, en majorité issue de l’immigration italienne. Kadour s’est barré en remuant la tête et je me suis mis à songer à Darwin et à la théorie de l’évolution. Notre espèce évolue physiquement depuis quelques dizaines de milliers d’années. Mais l’épaisseur de la boîte crânienne n’a pas suivi le même rythme pour tous. Chez certains, les deux ou trois centimètres d’os supplémentaire en épaisseur font donc défaut, en proportion, à la cervelle. Elle manque de place !
Concernant les bouquins (il s’agit tout de même d’un site qui est dédié à la littérature…) J’ai lu « Un Homme » de Philippe Roth. Un homme qui parle de sa vie, un homme de qui je serai certainement très proche lorsque viendra le jour de regarder ce qui m’échappe. Et puis, « Villages » de John Updike, avec un même homme au même âge… Le hasard, tout de même ! La vieillesse est quand même un sujet à vous donner le bourdon même si la littérature des deux américains est magnifique. Enfin, comme un rayon de soleil pour me sortir de la tristesse où janvier m’avait tenu, les 750 pages du « Club des Incorrigibles Optimistes » de Jean Michel Guenassia. J’avais lu un certain nombre de conneries sur ce bouquin, mais je peux vous assurer que les lycéens qui lui ont donné (de leur libre arbitre… ?) le Goncourt du même nom, ne se sont pas fourrés le stylo Bic dans l’œil. Magnifique et vibrant d’un souffle romanesque qui ne défaille jamais. Un souffle tout simple que les lettres françaises ont perdu de vue et que certains donneurs de leçon d’écriture feraient bien de mettre à profit.
29 décembre: La Bulle, la Bourse et les Assassins de Tarun Tejpal
En toute connaissance de cause, il est toujours difficile de regarder en arrière. Néanmoins, et c’est de saison, questionnons nous un instant sur ce qui c’est passé cette année qui justifiera que nous nous disions dans une décennie « Ah, oui ! C’était en 2009… ! » ? Je vous laisse le choix, les sujets semblent nombreux (La main de Thierry Henry, le dos de Joni, le talent inné de Pinocchio de Frédéric Lefebvre, porte parole de l’UMP et ami des afghans qui "doivent rentrer chez eux pour faire la guerre plutôt que de ronfler dans la jungle de Calais", la panoplie d’infirmière de Bécassine Bachelot et sa trousse à vaccins, Mme Royal et Mme Aubry qui s’en vont en campagne…). Pour ma part, je n’en retiendrai qu’un : la bulle ! La bulle financière, provoquant la crise que nous avons connue cette année, et qui est porteuse d’une sinistre novation. Pour la première fois dans l’histoire des marchés, les organismes financiers ont spéculé sur un nouveau support : les pauvres. Petite leçon de bourse en trois phases. Phase 1 : La crise des « sub-primes » (crédits hypothécaires sur leurs maisons) transformés en « junk bond » (actions pourries ou dettes devenues titres) ont fait exploser la vie des pauvres mais pas la machine financière. Mauvais choix tout de même! Le pauvre, ce n’est vraiment pas un bon support pour un fond de portefeuille boursier ! Phase 2 : Repli des flux financier (au travers des fonds de pensions) vers les matières premières, augmentation astronomique du prix des céréales et par conséquent du prix des aliments de première nécessité des… pauvres ! Bon choix ! Le pauvre c’est une opportunité en or massif comme valeur refuge. En effet, même si un gosse sur deux meurt en Afrique, l’augmentation du prix du blé vous garanti de façon solide : les pauvres mangent moins (puisqu'ils meurent...) mais ceux qui peuvent encore le faire, le font au prix fort ! Bingo ! Le pauvre affamé est un excellent fond de portefeuille boursier. Phase 3 : Sur quatre ans les entreprises du CAC 40 ont réalisé plus de 1000% de progression de leur résultat. Au même moment, leurs effectifs on chuté d’environ 0.5%. Presque stable donc avant la vague de destructions d’emplois de cette année! Le chômage n’est donc pas une fatalité mais un effet de structure providentiel (ou calculé…). En effet si vous allez vers le plein emploi, les salaires ont tendance à augmenter sous l’effet de la demande sociale et des besoins de l’entreprise. « Holà patron ! Faudrait voir à nous augmenter sinon on fait relâche et vos commandes resteront dans l’entrepôt! » L’entreprise voit son chiffre d’affaire croître et son résultat baisser. Lorsque le boulot se fait rare, c’est le contraire : « Dis donc, Marcel ! Tu vas pas me gonfler longtemps avec tes idées d’augmentation sinon c’est le voyage direct vers l’ANPE, et un billet aller simple ! ». Dans cette occurrence, le chiffre progresse « raisonnablement » et les profits de bas de bilan sont en formidable expansion. Conclusion, investissez tant que le chômage croît et mettez des pauvres (affamés...) dans votre portefeuille.
Le vil, l’infâme « Mr D » (prononcer « Mister Di ») un retraité sans relief et à la libido exacerbée (certainement de trop de désir refoulé pour sa défunte maman) et que je croise malheureusement quelques fois en soirée chez des amis, gueulait hier au comptoir du bar du village: « Ils se plaignaient d’être esclaves et maintenant il faut les faire bouffer tout pareil ! » Nous venions d’apprendre que Josette Roucas 56 ans cultivatrice, partait apporter son aide au « Paris Hilton Fund for Africa ». Josette s’occupera des sujets de cultures compliquées et Paris Hilton des sujets de cul simple !
Question pauvreté et descente aux enfers de la vie quotidienne des campagnes et des banlieues Indiennes, le petit père Tarun Tejpal se pose un peu là ! Je viens de terminer son « Histoire de mes Assassins » (titre formidable, non ?) et je n’en suis encore pas sorti des ronces. Bon, le style c’est vrai qu’il est toujours difficile d’en juger lorsqu’il s’agit de traduction mais l’élan romanesque, les mises en situation, la densité des personnages, la mousson et la sueur qui colle leurs vêtements à leurs reins dans des bureaux moites et des administrations kafkaïennes…. C’est un fameux bouquin, loin de son « Chandigarh » et qui vous emporte tout autant. Six cents pages magnifiques ! Allez, finissez bien l’année, cela vous donnera du cœur pour entamer la suivante ! A l’An que ven...
21 décembre 2009: Cent ans de dimanches, Jacques Larrue et Tarun Tejpal...
En Provence lorsque l’on souhaite exprimer une très longue durée on dit que cela a duré « cent ans de dimanches »… en quelque sorte que c’est aussi vieux que la nuit des temps. Mais 2009 voit cette expression se nuancer d’une couleur particulière… de rouge et de noir. En effet, cette année fût celle du centenaire du RCT, le Rugby Club Toulonnais, qui est au rugby ce que le Dalaï Lama est au bouddhisme tibétain : une icône ! Depuis cent ans, chaque dimanche, une foule bigarrée, métisse, vociférante et on ne peu plus méridionale, vient communier avec ses joueurs, avec ses fils, à l’ombre du Faron sur le bord de la rade… Cent ans de dimanches de joies, cent ans de dimanches de peines, de blessures, de cris, de chansons ! Un siècle de vie à Toulon. Le remarquable journaliste défroqué - et cuisinier renommé - Jacques Larrue, ne pouvait laisser passer l’occasion d’apporter sa touche picturale à cette fresque centenaire. Pour notre bonheur, il l’a fait en publiant un ouvrage qui sans être polémiste ne laisse pas de côté les polémiques qui ont fait la vie turbulente de ce club tout au long de son existence. La plume de Larrue ne s’est pas amollie à la proximité des fourneaux de son restaurant « Aubrac sur Mer » à Toulon, dont il est le chef prestigieux. Bien au contraire, les lignes et les mots, telles les amandes, ont une double peau… Un vrai délice. Donc si vous aimez la balle ovale foncez, c’est le moment de vous faire offrir. « Le muguet refleurit toujours au printemps » de Jacques Larrue aux Presses du Midi. (ISBN 978-287867-0115-3)
La littérature ne s’arrête pas à Toulon. C’est ce que me faisait remarquer ma voisine Josette Roucas, 56 ans cultivatrice alors que je l’observais qui taillait ses sarments au même moment que son chien Fitou tentait une fois de plus de s’accoupler avec ma basket gauche. « Bon moi, vous savez, le rugby… » Certes, Josette, certes, mais alors… ? Vos lectures, lui fis-je tout en donnant force coup de pieds à Fitou dont le halètement laissait présumer la fin imminente de son jeu pervers et, par là-même, la survenance inévitable d’une inondation sur le bas de mon Lévi-Strauss. « Tarun Tejpal fit-elle, les yeux braqués vers le ciel telle une Bernadette Soubirous de Provence…Tarun Tejpal et son Histoire de mes Assassins… » Et là, au même moment que Fitou semblait défaillir dans le gémissement que je redoutais, une larme vint emprunter un sillon au coin de l’œil de ma campagnarde voisine. Tarun Tejpal c’est cet indien (des indes…) qui avait écrit ce sublime « Loin de Chandighar » et dont nous n’avions plus aucunes nouvelles… Il n’était pas mort le type et il te renvoie dans la figure un pavé de plus de 600 pages (enfin, je crois…, un truc énorme, quoi !) où, dès les premières pages, il te retourne le lecteur comme une mêlée de juniors face à une première ligne de Top 14 ! Je finissais le bouquin de Jacques Larrue, quand on me l’a offert et j’en ai lu 160 pages hier au soir. Je vous en parlerai mieux dans
12 décembre: Johnny et le réveil, quelques lectures et Josette ...
Merci de me pardonner ce mois (presque mois et demi) sans le moindre post mais je bossais comme un fou sur la correction finale du « Monde Plat de Rosemary Sheffield » désormais chez les éditeurs. J’espère que ce roman aura un meilleur sort que le précédent qui n’a pas réussi à séduire les comités éditoriaux. Alea jacta est… Pour ce qui concerne notre vie devant les téléviseurs, les infos de ce matin témoignent de la véracité réaffirmée d’une phrase qui m’est chère : « Pire que celui qui ne sait pas, celui qui croit savoir… » . Je résume Johnny est en souffrance à Los Angeles. Il vient d’être réopéré. Tous les médias relaient son bulletin de santé. Tout d’un coup, hier, nous apprenons que sa femme veut assigner leur médecin français, que son producteur déclare que la première opération a été un "massacre" et l’avocat de l’ordre des médecins que le toubib était déjà de mauvaise réputation (accusé parait-il d’escroquerie, ce qui doit témoigner, je suppose de sa faiblesse du bistouri…) Donc « haro sur le baudet » ! Comme cela se passe depuis la nuit des siècles où la vérité sortait du prêche du curé, voire plus récemment de celle de l’imam, notre télévisuelle religion a informé ses adeptes. Avec ferveur, le peuple a gobé ces « news » aussi vite qu’il ingurgite habituellement sa dose d’information en matière de politique ou de talents artistiques divers. Il s’est fait sa conviction, sa vérité. Il sait ! Mais, Johnny (Merci de prononcer « Joni »), ce n’est pas le premier venu. Il a ses fans qui pleurent depuis son premier divorce avec Sylvie, qui ont chanté en chœur pendant ses concerts et qui sont terrorisés de voir leur jeunesse disparaître avec l’idole. De plus, il n’est pas forcément très fin le fan type, style « biker route 66 ». Heureusement, la télé leur avait donné la solution, désigné la cible… Alors, voilà que cette nuit, des ânes sans nom sont allés agresser le toubib dans la rue. Si on les arrête et si un procès en découle, ils diront naïvement « Putain, mais la télé l’avait dit, c’est ce salopard qui a esquinté Joni… » Mon copain Michel Carbo dirait « On avait touché le fond mais aujourd’hui on a gratté quelques centimètres de plus dans la vase … » Pourtant une bonne nouvelle, Johnny s’est réveillé. Ma voisine, Josette Roucas, 56 ans cultivatrice, qui est une fidèle des émissions « people » depuis qu’elle est la meilleure copine de Paris Hilton en a fait elle-même le constat « Cela se voyait bien qu’il n’était pas réveillé. Il suffisait d’écouter ses réponses aux questions des journalistes pour comprendre qu’il était depuis longtemps dans le coma…!»
Concernant mes lectures (que je reprends régulièrement après être allé ramasser la pantoufle que j’ai balancée dans le téléviseur…) quelques avis. Un magnifique Milan Kundera « La Valse aux adieux ». Un Philippe Roth moyen « La Bête qui meurt », mais je me suis un peu reconnu et cela fausse la lecture. Une resplendissante Nancy Houston « Trois fois Septembre ». Une décevante Frédérique Deghelt « La vie d’une autre », sujet incroyablement bien trouvé et le roman juste à côté de ce sujet, un peu trop sur la marge. Dommage, mais belle écriture. Une très jolie Katarina Mazetti (traduit du suédois, cela ne s’invente pas…) « Le mec de la tombe d’à côté ». Comme vous le constatez, mes lectures ne sont pas celles des « sorties de septembre ». Je lis souvent les romans primés cinq ou six ans plus tard, ou dès le lendemain, ou jamais. Je lis dans le désordre du temps, les choses comme elles me viennent. C’est tout pour aujourd’hui et « Banzaï… ! » comme le hurle l’autre fou délicieux de Groland, le tant replet que mal nommé...Moustik !
1er novembre 2009 : Identité nationale, la mère de Cohen (Albert) et Rufo (Marcel)
Depuis quelques jours, la sempiternelle question "mais qui sommes nous?" revient à la surface d'un débat de société qui ne s'entame vraiment jamais car il n'a peut-être pas de sens. Politiquement, le moment est bien choisi et certains ont tout à gagner d'un débat populiste, les élections régionales pointant à l'horizon. Alors, qui sommes nous vraiment et il y a-t-il une importance à le savoir? Quelles sont les composantes de notre société et les valeurs qui la fondent ? Bien malin celui qui aura un avis ! Ce qui serait vrai aujourd'hui, l'était-il hier et qu'en restera-t-il demain? Hormis la police qui fait de vous un dangereux délinquant en vous flashant à 92 km heure dans une zone à 90, qui peut croire qu'une photo soit la représentation définitive de la vérité et de l'histoire des individus ? A combien roulais-je avant et à combien roulerai-je après....? Pour ce débat à la con, c'est la même chose: je ne suis plus ce qu'était mon grand-père et je ne serai certainement jamais ce que seront mes enfants. Alors, la question est-elle: quelles sont les valeurs que nous partageons ? Si tel est le cas c'est une question sans intérêt car il suffit de les partager et elles se font jour naturellement ! Mais si la question, comme je le redoute, est "qui sommes nous ?", il faudra non pas définir le "nous" mais préciser " qui est l'autre " afin de définir ce "nous" ! Les chauves ne le sont que parce que la majorité voit son crâne chevelu, les boiteux parce que nous marchons droit ! Foin donc de complémentarité, cette étude de notre identité révèlera à point nommé (politique) ceux qui sont "nous" et ceux qui sont "eux". Je me plais à croire que le triptyque "Liberté, Egalité, Fraternité" reste suffisamment évocateur de ce que nos aînés nous avaient proposé comme valeurs fondamentales pour qu'on aille se fourvoyer dans des chemins qui ne sentent pas la rose. Ma voisine, Josette Roucas, 55 ans cultivatrice disait en rigolant: "Si la télé était en noir et blanc, comme avant, le drapeau tricolore serait black, blanc...gris !" Rires...!
Autre chose maintenant, "Le Livre de ma Mère" d'Albert Cohen que je viens de terminer. C'est un incroyable cri d'amour à sa mère qui vient de mourir et une intense réflexion sur les liens très forts qu'ils entretenaient. En fermant le bouquin je me suis mis à sourire en pensant à mon copain Marcel Rufo, pédopsychiatre de renom, et à son remarquable essai: "Détache-moi ". Holà, Marcel ! Il semble que certains esclaves de l'amour maternel arrivent à s'en sortir ! Albert Cohen n'a pas vu son libre arbitre empêtré dans les filets d'une mère juive presque caricaturale... Il a continué un riche chemin de diplomate international et d'écrivain extraordinaire. Bon, c'était un clin d'œil ! Allez, c'est tout pour aujourd'hui !
24 octobre, Josette chez David Pujadas et "La Gourmandise" de Barberis
J'ai passé l'après midi chez ma voisine Josette Roucas, 56 ans cultivatrice. En effet, elle doit passer la semaine prochaine chez David Pujadas et elle m'a demandé de l'aider à préparer son interview. Après avoir répondu aux nombreuses lettres du "Josette Fan club", son club de supporters, nous avons évoqué le point central de cette émission: La Grippe H1N1...Voici quelques une de ses réflexions, comme toujours frappées d'un certain bon sens. Tout d'abord:" Le vaccin, c'est le coup gagnant de l'année pour tous les intervenants. Les laboratoires vendent des millions de doses, les gouvernements seront remerciés de leur prudente efficacité aux prochaines élections et nos ânes de concitoyens dormiront tranquillement, jusqu'aux effets indésirables de cette saloperie d'injection. Alors, s'il n’y a pas de pandémie en Europe, personne ne dira que c'est parce qu'il n'y avait pas de risque réel, mais bien grâce au vaccin et à nos gouvernants ...Bingo !». Autre chose encore: "La Bachelot, la grosse qui s'occupe du sport de la Santé...un comble...Et bien la Bachelot, elle est pharmacienne et elle ne dit pas un mot sur un de ces vaccins qui est porteur d'adjuvants qui seraient susceptibles de toucher le système immunitaire...En Allemagne, ils avaient même prévu que l'administration et les élus ne reçoivent pas le même vaccin que le peuple...La République Tchèque n'en veut même pas...Les journaux en ont fait leurs choux gras. En parlant de choux gras, la Bachelot elle doit savoir plus de choses qu'elle n'en dit..." Nous en étions là lorsque Fitou son épagneul se mit à gémir, suite à un orgasme violent avec la serpillère de la cuisine (Fitou, pas la serpillère, elle est frigide...) Josette tout en nettoyant les mallons (carreaux pour les non-provençaux) me fit cette incroyable révélation: " Le médecin du village est venu m'acheter de l'huile d'olive. Il m'a dit que les gens nés avant 1957 n'avaient pas de soucis avec cette grippe. Ils l'ont déjà attrapée dans une époque où on allait au lit avec du lait chaud ou un bouillon de légume et se sont auto-immunisés... C'est con, car le fond de clientèle de la Bachelot, ce sont les gens nés avant 1957... Les vieux, ils s'aperçoivent un jour que la mort existe vraiment alors ils deviennent des accros aux médicaments et refrequentent les églises...On sait jamais ! " Il était 19h00 et nous dégustions un verre de vin en guise d'apéritif et je lui parlais du livre de Muriel Barberis "Une Gourmandise" finement ciselé dans la langue française. Le sujet est assez "moyen", la mort d'un critique gastronomique revisitant sa vie et jugé par ses proches, mais l'écriture magnifique. On peu donc écrire superbement sur des choses sans grand intérêt. C'est à ce moment que le téléphone a sonné. La télé annulait l'interview de Josette. C'est Bachelot qui faisait le 20h00 !!!
10 octobre, Fréderic Mitterrand, Mallarmé, Les Colombes et Paul Auster
Et revoici la France et ses "affaires" sans fin où le politique le laisse au populiste à la plus grande joie des journalistes en mal de "une" sensationnelle... Fréderic Mitterrand s'est expliqué de ses écrits en condamnant la pédophilie et assurant que ses compagnons de jeu Thaïlandais étaient majeurs. En deux mots, comme me l'a confié ma voisine Josette Roucas, 56 ans, cultivatrice, pendant que j'essayais de me défaire de son chien Fitou s'acharnant à copuler avec mon pantalon, " c'est moins grave d'enculer les pauvres..." J'ai néanmoins été surpris que notre ministre, grand lettré, n'ait cité la phrase célèbre de Mallarmé "Tout ce qui s'écrit est fictif". Ma mère devrait aussi méditer cette phrase. Autre chose. L'affaire de la maison de retraite transformée en camp de torture pour vieux au Pays Basque. Je suis effaré, comme ce fut le cas pour "l'affaire du sang contaminé", que les employés, secrétaires ou autres citoyens déclarent qu’ils étaient au courant mais qu'ils n'ont rien fait, rien dit. La fille qui détachait les vieux le matin, tout comme la secrétaire qui recevait les comptes-rendus alarmants sur la contamination du sang, ne sont donc que des observateurs. Si le dirigeant est toujours responsable (en droit on parle même de "responsabilité sans faute") qu'en est il de ces bons citoyens qui rentrent tranquillement chez eux pendant que des vieux entament une nuit de calvaire et que l'on transfuse des hémophiles avec du poison? Moi je parle de "non assistance à personne en danger" Mais je n'ai vu aucune petite main aux côtés des ministres incriminés devant la Haute Cour de la République, de même qu'aucun des employés qui répondent en souriant aux micros des télés, n'ira rejoindre sa patronne sur les bancs du Tribunal Correctionnel de Bayonne. Enfin et pour clore ce billet d'humeur, concernant la littérature. Deux déceptions. La première concernant Zafòn comme je vous le disais ci-dessous en septembre, son second roman est un clone du premier. Celui qui le lira comme premier ouvrage de l'auteur, l'adorera mais se fera les mêmes réflexions lorsqu'il ouvrira le premier. Deux frères...même ambiance, même "bibliothèque » des livres oubliés" plus quelques anachronismes comme des scènes qui mentionnent le Parc Olympique qui ne devait pas exister dans les années 20. Bon, on verra le troisième...Allez Carlos reprend toi! Enfin, je viens de terminer "Tombouctou" de Paul Auster qui m'a aussi laissé sur ma faim. Je ne connaissais pas le roman qui date un peu, certes. Je me suis fait la même réflexion que pour Murakami et son "coureur de fond": un petit bouquin pour payer les impôts...C'est de bonne guerre! Hasta la vista....
22 septembre, Montréal, Bayrou et les portes, Kudera et Zàfon
Nous sommes encore à Montréal pour quelques jours et nous suivons, parfois avec un peu de retard l'actualité française sur le site internet d'I Télé. Nous avons donc pu observer qu'une aile "libérale" du PS avait invitée Marielle Sarnaise à son colloque au même moment, et comme en réponse, François Bayrou affirmait que: "sa porte était ouverte au PS ". Voilà le genre de situation politico-politique qui ne manque pas de me faire mourir de rire! Pour résumer cette situation de vaudeville télévisuelle et journalistico-médiatique, c'est comme si sur un même palier d'immeuble, deux voisins ouvrent leur porte en attendant que l'autre s'avance. L'invitation semble franche et chacun peut rester chez lui puisqu'il ne sera pas targué de "manque d'ouverture" ! "Voilà comment ne rien faire qui puisse donner l'impression que l'on fait quelque chose", me disait hier la désormais célèbre Josette Roucas, 55 ans cultivatrice au sortir d'un "after" où elle avait accompagné Paris Hilton ! "Ils nous prennent pour des cons...." a-t-elle ajouté avec cette franche délicatesse et ce bon sens que lui autorisent ses racines paysannes. Bon voilà pour l'humeur. Pour la littérature, j'ai fini le Kundera, "Risibles Amours" titre hautement réaliste si l'on se penche sur notre jeunesse...Enfin, du moins la mienne pourrait avoir ce titre. La post face exceptionnelle de François Ricard (édition Folio) donne la dimension du texte dans l'œuvre du tchèque. Il en déduit de l'obligation faite à l'écrivain d'appuyer son travail sur un texte fondateur qui sera la porte (tiens, encore une porte...) qui permettra au lecteur de pénétrer l'univers qu'il élabore. Univers où ce même lecteur viendra le retrouver au fur et à mesure de ses parutions. Parfois ce texte n'est pas le premier publié (trés souvent d'ailleurs) et il en est de même pour Kundera. Je recommande cette lecture (et cette post face). Enfin, j'ai en main le dernier Carlos Ruiz Zàfon (il avait reçu Prix Etranger des Libraires pour son premier roman "L'Ombre du Vent"...) et je suis à nouveau dans l'expectative! Le premier était absolument fantastique (dans les deux sens du terme) et celui-ci reflète le même monde humide et chaud dans une Barcelone des années 20. Beaucoup de similitudes. Un peu déçu, même si le roman ne se lâche pas du fait d'une construction de scénario quasi cinématographique. Je vous en dirai plus la prochaine fois. Hasta Luego, Tabernac !
3 septembre 2009 : Montréal, la valeur du temps et Kundera
Voila que je suis à Montréal comme il ne m'a pas souvent été donné d'être dans une ville étrangère. Je suis ici pour plus de trois semaines, pour assister notre fille Lisa qui s'est inscrite à l'Université de Montréal. Mais je ne suis pas le touriste qui passe. C'est la vie de tous les jours transposée ailleurs. Course, administrations, lessives...Tout ce qui peuple notre quotidien transposé dans une ville qui n'est pas la nôtre. Alors, au lieu de tout vouloir comprendre en quelques jours, on laisse la ville nous imprégner par ses rencontres fortuites, ses lieux qui vous arrêtent. On ne la viole pas... Elle vous séduit. On ne la prend pas, elle se donne. Ce qui distingue ce style de villégiature des voyages habituels, c'est le temps. Saint Exupery avait dit à un touareg qu'il faisait en quelques heures, en avion, des distances qui leur demandaient des semaines à dromadaire. Le touareg lui avait alors demandé: " Mais lorsque tu es arrivé, que fais tu donc de ce temps que tu as gagné...?" Je vais peut-être enfoncer une porte ouverte mais je viens de ressentir ici cette qualité du temps gagné à ne rien faire d'important, à parler avec des inconnus, et plus que voir, à regarder. Je lis aussi, naturellement, car ma vie ici m'en laisse aussi le loisir. C'est Kundera et ses amours boiteuses qui m’accompagnent. J'avais lu (comme vous) son "Insoutenable légèreté de l'être" mais je n'en avais pas fini avec lui. Je suis dans une petite compilation de nouvelles qui me conforte dans la pensée que ce garçon a quelques problèmes avec sa relation au sexe faible. Vous me direz que cela, aussi, c'est une porte ouverte enfoncée! Bon je vous en dirai plus lorsque j'aurais terminé le petit bouquin. Demain j'attaque la correction définitive de Rosemary. Josette Roucas, 56 ans cultivatrice et désormais célèbre à Montréal comme en Amérique du Nord, me talonne pour que je m'y mette! Alors, Hasta la vista companeiros !
12 Août 2009: "...L'arabe de quelqu'un" et le cafard (l'insecte)
Les journaux en ont peu parlé mais un affrontement sanglant s'est déroulé dans une cité il y a deux ou trois jours. Les habitants et notamment les commerçants, se sont battus (10 blessés dont certains gravement) avec d'autres commerçants originaires de l'immigration. Les habitants des immeubles, originaires du département, ont fait une pétition pour que les étrangers soient renvoyés dans leur pays. Ils mettent en avant que la population immigrée du quartier ne respecte pas les lois et coutumes ! Vous allez me dire qu'il s'agit des mêmes affrontements que l'on peut constater chaque jour dans les quartiers où la paupérisation règne en maîtresse... et bien, non ! Les évènements se sont déroulés entre algériens d'origine et immigrés...chinois ! Le quartier de Bab Ezzouar, à l'est d'Alger en fut le théâtre. L'immigration chinoise (et j'ai pu le constater par moi même lors d'un voyage en Algérie au début de l’année) est incroyablement vivace et l'on peut même remarquer les premiers mariages sino-maghrebins. Que dire de ce fait divers sinon que l'imbécilité est la même partout et comme me le disait Mr Prax (Salut à toi camarade enseignant, si tu me lis...) mon prof de philo de terminale: "On est toujours l'arabe de quelqu'un...! " Comme me le confiait aussi la désormais célèbre Josette Roucas, 56 ans cultivatrice, qui rigolait tout en en roulant des gnocchis dans sa cuisine: " Si on virait les familles étrangères de Provence, il ne resterait plus personne ici ! Mon aïeul du côté de mon père était maltais et ma famille maternelle doit être sarde ou corse, voire phénicienne". Belle remarque Josette, belle remarque ! Maintenant pour parler un peu de littérature, j'ai entrepris ma gourmandise annuelle: relire quelques ouvrages proposés lors de ma jeunesse et comparer le ressenti de l'adulte à celui de l'adolescent. En janvier j'avais relu tout Joseph Conrad et ses histoires de marins, là je viens de relire l'essentiel de Kafka: Le Procès, le Verdict et autres textes, la Métamorphose.... Comment avons nous pu sourire bêtement devant cet homme transformé en cancrelats, cafard ou cloporte à l'âge de 24 ans (le héros, pas Kafka...) lorsque nous étions en classe de seconde ou de première? Etions-nous idiots à ce point ou tellement enfants encore...? Il faut lire aujourd'hui cette douleur de la mise à l'écart et l'inexistante considération du héros par son père pour comprendre les douleurs fondamentales de ce pauvre Franz. Un conseil: relisez ce que vous avez lu plus jeune. Peut-être que vous y redécouvrirez une part oubliée de vous même.
6 Août 2009: Vauzelle, lobbying ,Yasmina Khadra et Kafka (Franz...)
Voilà que Michel Vauzelle dépouille les résultats de son test pour savoir comment renommer la Provence... Je vous en reparlerai mais les journaux me devanceront. J'ai quand même entendu sur France Culture, certaines propositions à se rouler par terre de rire! Autre chose, comment faire du lobbying sans le montrer? Vous demandez à un organisme sérieux et britannique de comparer la valeur nutritive des aliments OGM ou Bio. Je dis bien "nutritive"...Et puis vous attendez que les gens se manifestent lors des résultats qui attestent que la valeur "nutritive" est la même. Simplement, ces gens (dont De Gaulle disait qu'ils étaient des veaux...sic), traduisent par eux-mêmes et affirment: "Le bio c'est pas meilleur que les OGM..." Voilà, le tour est joué! De la valeur nutritive on est passé au concept de santé...Fort, non? A ce sujet, Josette Roucas, 56 ans cultivatrice et depuis peu célèbre, me disait hier, pendant que Fitou son épagneul essayait vainement de copuler avec ma jambe droite: "Si on avait autant de tomates que ce qu'il y a de cons sur cette terre, la CEE serait obligée de subventionner les excédents de sauce bolognaise!" Bravo, Josette, au moins tu n'es pas célèbre pour rien! Enfin, un peu de littérature. Je viens de terminer "Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra et par là-même finir ma série de lectures d'écrivains issus du monde musulman. Ce bouquin a été récompensé par le magazine "Lire" (la bible des ventes et des auteurs) comme meilleur roman 2008. Je suis un peu désappointé car il manque les "bartavelles". Je m'explique, trés consensuel sur la guerre d'indépendance algérienne (bons colons pauvres et mauvais FLN cruels se partagent de nombreuses pages) j'ai retrouvé Marcel Pagnol sous la barre de Passetemps attendant le passage des bartavelles. Un roman-narration à la première personne où l'auteur ne nous dit rien de ce qu'est son vrai ressenti. Un récit détaillé de la pauvreté et d'Oran d'avant l'autodétermination et puis rien! Je suis assez déçu...Sauf par le titre qui est magnifique. Je me suis donc replié sur ce bon Franz (Kafka...) dans une édition offerte par mes filles pour Noël, composée, outre l'inévitable "Métamorphose" de nombreux textes que l'auteur ne désirait pas voir publiés après sa mort. Pour les deux premiers, je suis d'accord avec lui. Je vous en reparlerai. Hasta la vista !
27 juillet 2009 : Paris Hilton , Josette Roucas et Khaled Hosseini
Je voudrais parler cinq minutes du cas Paris Hilton... Dans un passé tout récent, la célébrité des gens était la conséquence de leur capacité à effectuer des actes que le commun des mortels était incapable d'accomplir. Sport, littérature, musique, diplomatie ou politique, tous avaient une (ou plusieurs) cordes à leur arc. Mais voilà que survient le concept incroyable de "célébrité pour rien». Nouvel avatar de nos sociétés qui partent en brioche, Paris Hilton est le chef de file d'une nouvelle famille de célébrités: celles qui sont célèbres parce qu'elles sont...célèbres! Pas de don particulier ni de talent hors du commun! Non cette fille se contente d'être Paris Hilton et des foules d'ânes se bousculent pour la photographier et d'autres pour conter ses dernières aventures sexuelles! Incroyable....! Suite à une conversation sur ce sujet avec ma voisine, Josette Roucas, 56 ans, cultivatrice, je me suis donc décidé à la lancer. Désormais Josette va rejoindre Paris dans les magazines people. Un grand avenir s'ouvre désormais à elle ainsi qu'à Fitou (son épagneul). Je vous invite donc, tous, à reconnaître désormais Josette Roucas, 56 ans cultivatrice en Provence comme une nouvelle célébrité et à le faire savoir par tous moyens. Télé, journaux, radios...Voilà pour çà! Pour le reste je viens de terminer "Les Cerf Volants de Kaboul". Après celui de Khadra et le Rahimi goncourisé c'est le troisième bouquin sur l'Afghanistan que je lis cette année. Je vous le conseille car le roman est très bon. De plus, la vision de Kaboul et des différentes factions qui ont entraîné ce pays là où il est, m'a considérablement troublé dans mes certitudes.
22 Juillet 2009 Moustaches, St Andrews et lectures...
Je reviens d'Ecosse... Voyage motivé par un rendez-vous et une semaine de vacances avec un couple d'ami. Nous avons partagé les émotions que propose ce pays à chaque carrefour ainsi que la maison de Dan and Muriel, "Abbothill", directement échappée d'un bouquin d'Agatha Christie. Le rendez vous à Dundee ne fut pas ce que j'espérais mais les journées passées sur la rive sud de la Tay River me réconfortèrent. Pour infos, le vol depuis Marseille avec Ryanair, la location et le frais de vie sur place font de cette destination un voyage à tout petit budget. Bon, laissons là ces considérations d'ordre financier pour quelques autres d'ordre sentimental. Je suis un type chanceux et mon ami Gène aussi. Nous avons gagné au "ballot" (tirage au sort quotidien) le droit de jouer l’Old Course de St Andrews. Habituellement, il faut réserver deux ans à l'avance. Jouer ce parcours en compagnie de mon ami restera au rang des grands moments de cette existence. Pour la circonstance, je portais les chaussettes hautes et les moustaches à l'écossaise. Vous pourrez voir une photo dans la rubrique " Et encore..." Pour ce qui est de littérature et de mes lectures, deux bons choix proposés par mon amie Claudye Sellem, écrivain du Sud, elle aussi : "Le Voyage dans le Passé" de Stefan Zweig et "La Pluie avant qu'elle tombe" de Jonathan Coe. Le premier est un roman très court que Grasset a "gonflé" du texte en allemand... Il fallait bien justifier le prix! Style parfait, sentiments tourmentés, personnages début du vingtième... Zweig, comme s'il était toujours vivant. Pas mal, mais... les 102 pages me furent largement suffisantes ! Je suppose que Claudye s'était écroulée de bonheur à leur lecture. Pour moi... bof ! Par contre, le roman de Coe est une pure merveille. Une construction incroyable, un style qui vous "hameçonne", une originalité superbe dans la mise en place des personnages ... A recommander ! Bravo Claudye, bon choix!
7 Juillet 2009: Psychiatre violeur et nostalgie des vacances adolescentes
Je viens de lire le compte-rendu d'audience du psychiatre accusé du viol de quatre de ses patientes. Quelques questions restent en suspens et ne manque pas de soulever ma curiosité. Les experts (psychiatres eux-aussi) ont déclaré, concernant les femmes victimes de ces agressions, que " si elles n'ont pas opposé de refus elles n’ont pas pour autant donné leur consentement". Vous avouerez que c'est pour le moins bizarre comme formule, même si c'est de la dialectique de psychiatre! Autre chose: elles ont déclaré (les plaignantes) que cet homme "avait pris soin d'elles et qu'elles s'étaient senties exister, écoutées, être au centre de la relation..." (Je cite de mémoire...). Alors, je pose plusieurs questions: si ces femmes avaient leur consentement altéré à ce point elles ont certainement été victimes d'autres hommes qui "avaient prise sur elles" du fait de l'état de dépendance dont elles se prévalent aujourd'hui. Par exemple, en cas de fuite d'eau, le plombier avait autorité sur elle, l'électricien, le boulanger qui leur garde leur baguette, tous enclins à utiliser à des fins sexuelles, leur malheureuse faiblesse. De plus, la définition de leur ressenti peut se aussi se nommer tout simplement: tomber amoureuse ! Alors si on peut faire reproche au toubib, ce sera de ne pas avoir fait interner des filles aussi fragiles et capables de se laisser aller au sentiment amoureux sans réserve. Je sais que le praticien ne doit pas favoriser à son profit ce penchant qu'on les femmes à adorer entendre ce qu'elles souhaitent. Mais je mets mes sœurs en garde: Attention! Je connais des plombiers et des facteurs meilleurs "dragueurs" que bien des psychiatres et là, pas de problème déontologique ma p'tite dame! Ni plus que de consentements donnés ou refusés sans l'exprimer. Bon maintenant, une petite recommandation de lecture "Tu Mio" d'Erri De Luca, traduit de l'italien, un vrai bijou pour les petits garçons du Sud qui devenaient adolescents entre copains, filles et pêche en mer. Je parle d'expérience ! Un carton jaune, par contre à Eric Emmanuel Schmitt pour son "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" dont la tentative de texte poétique est à la limite du conte pour enfant.
28 juin 2009 : Fillon 4 , burka et Laurent Graff
Une semaine consacrée aux corrections de "Rosemary". L'ombre de mon bureau. Deux évènements pourtant: le petit Bastareaud, le centre du Quinze de France, qui rentre à l'hôtel après avoir bu deux cornues et qui s'enlise dans un mensonge pour protéger on ne sait qui... La bande vidéo de l'hôtel en dirait plus sur ses deux complices de beuverie. Rassurant qu'il reste d'adorables petits cons dans le monde du rugby aseptisé d'aujourd'hui. Puis Fillon 4, nouveau gouvernement. Ces mutations de ministres d'un portefeuille à l'autre m'interpellent. Imaginez-vous disant à votre boulanger: votre pain est excellent, je vous nomme à la boucherie... Si le taches menées ont été couronnées de succès, pourquoi se défaire, de si bête manière, de gens annoncés comme très efficaces dans leur "spécialité"? On nous prend pour des ânes ! De Gaulle disait:...des veaux ! J'ai fini juste à temps "Les hirondelles de Kaboul" (burka et image de la femme niée par une société) pour entendre que le débat national va s'y intéresser (à la burka ). "On n'est pas sorti le cul des ronces..." comme le dit mon voisin viticulteur et homme de sagesse. Enfin, j'ai lu " Le Cri " de Laurent Graff...Un petit diamant de 125 pages. Magnifique. Un mois que je tiens ces médiocres chroniques !
19 juin 2009 Les Enfants du Marais...à Cuers
Ce matin j'ai participé à un "moment d'éternité". Souvenez vous, c'est le mot, (je crois d'Eric Cantona) lors du casse-croûte devant le joli lac dans "Les Enfants du Marais". Nous étions six sous le tilleul de Christian qui vit seul dans ce magnifique mas au milieu des vignes et des figuiers. Outre le maître de maison, il y avait Fanfan, Manu, Michel, Bert et moi. Le point commun des participants c'est d'être d'une génération née entre 1953 et 1956 et d'avoir été joueurs de rugby. Nous avions pratiqué au jeune âge, notre amitié commence donc d'avoir les tempes grisonnantes. Si je cite ce mot " d'instant d'éternité», c'est que Fanfan l'a prononcé pendant ce " petit déjeuner " et qu'il a mis ma réflexion en marche. Le vin (superbe) et les produits du terroir (succulents) nous ayant tenu à table de neuf heure ce matin à cet après-midi quatorze heure, j'écris ces lignes ce soir à tête (et digestion...) reposée. Pourquoi donc, certains instants peuvent-t-ils passer pour exceptionnels ? Pourquoi le temps ne ménage-t-il pas la même saveur à toutes choses? Je crois que c'est le fait de notre relation avec ce maître de notre vie. Elle nous aveugle et nous empêche de goûter à l'instant qui passe. Notre vie n'est que succession de " moments d'éternité ", petites perles d'un collier magnifique. Mais certaines sont derrière le cou et on ne les voit pas, alors que d'autres sont bien exposée sur la poitrine et leur valeur vous saute aux yeux. Voilà... Nous avons mangé et bu, parlé de la position des piliers, écouté Bert qui enseigne en Chine, partagé avec Michel la recette du vin de myrte et Manu nous a donné nom après nom la formation de notre équipe pour une demi-finale contre Perpignan en juniors... et le rugby et encore le rugby Un moment d'éternité qui fait chaud au cœur et à la tête. Fanfan a dû verser sur la sienne, un seau de l'eau du puits pour la refroidir ! C'était magnifique! Autre sujet, en ce qui concerne les bouquins, je suis dans " Les Hirondelles de Kaboul " de Yasmina Khadra (pseudonyme, c'est un homme qui écrit...) et je suis troublé par l'ambiance du récit. Ecriture classique et parfois scintillante. A noter !
9 juin 2009 "Là où les tigres sont chez eux"...
Le résultat des élections Européennes qui viennent de se dérouler ne manque pas de me laisser pantois. Pas tant par le verdict cruel pour une gauche écartelée mais plutôt par le score de "rêve" d'Europe Ecologie. Ma sensibilité allant vers ce mouvement, je ne me plaindrai pas de ces presque 17%. Par contre, ce qui attire mon attention (et peut-être la votre) c'est que lors des élections nationales, les Verts n'ont jamais atteint cette "part d'audience". Pourtant, 85% des gens sondés mettent les soucis écologiques au premier plan de leurs préoccupations. Faut-il croire que c'est à l'Europe qu'ils confient la mission d'y trouver remède ? Pour revenir à ces électeurs "verts" et cachés, comment expliquer que ces 85 % de sondés ne vont pas vers les urnes de leurs fameuses préoccupations. Un politologue invité d'un débat a peut-être donné un début de réponse. Ce type disait que le PS et les Verts jouent sur le même terrain. Pour le premier, une organisation et pas de contenu et pour les seconds, l'inverse. J'en déduis donc que les français doivent préférer la bouteille au vin... Bon, pour mes lectures je suis à la moitié de l'énorme roman de JM de Roblès "Là où les tigres sont chez eux" (plus de 800 pages et lourd comme une blague de Bigard) et je me régale. Roblès c'est un peu comme un Jules Verne de ce siècle. Des personnages, des aventures...un plaisir !
3 juin 2009 Cellule invisible et Le Clezio...
Bon...quelques mots sur ces jeunes un peu baba cools qui depuis le trou du cul du monde rêvent d'une autre société et cultivent l'utopie. Je parle de Coupat et de ses "complices" accusés de couper les caténaires d'alimentation des trains. Près de 8 mois en prison, supposé chef d'un groupe baptisé par madame Alliot Mari "ultra gauche" et "cellule invisible" ( !) parce que sa bibliothèque renfermait des écrits révolutionnaires. Je vous parie une bouteille de Château Margaux 1954 (grande année) contre une place au concert de la maison de retraite de Johnny que dans deux mois c'est le non lieu assuré ! Et tout le monde trouvera cela normal ! Alors, savez-vous ce qui est le plus important dans cette histoire ? C'est que le ministère de Mme Dati celui de la justice, ne soit pas resté le garde fou de notre société. En effet, qu’avions-nous à craindre du susnommé Julien Coupat ? Qu'il quitte la France afin d'exporter depuis l'étranger sa sale manie supposée de couper l'énergie des trains électriques ? Quel danger ce type faisait peser sur nous et sur notre société de transport ? Pourquoi alors que les "équipes" du ministère de l'intérieur était supposées le surveiller de longue date, ne pas le laisser dans sa campagne sous contrôle judiciaire ? Enfin maintenant il est dehors, le danger est de retour, attention aux caténaires ! Pour conclure savez-vous qu'il n'existe qu'un seul portefeuille ministériel qui porte le nom d'une vertu ? La Justice... ! Comment donc reprocher à nos ministres de ne pas l'être? Juste ? Non, bien sûr, vertueux ! Au rang de mes retards de lecture (je lis moins lorsque j'écris) " Ourania" de JMG Le Clézio: puissant et tendre, rebelle et consensuel... Le Clézio quoi !
31 mai 2009 Comment La Provence à perdu son nom...
Les journaux se font d'écho d'une porte ouverte que Michel VAUZELLE, Président du Conseil Général de PACA, et les énarques avertis de ses services tentent d'enfoncer. Je vous explique. Le sigle PACA ne semble pas, idée que je partage, être précisément porteur de l'image du territoire qu'il représente. Ce n’est pas idiot car des gens peuvent montrer des photos à l'apéro en disant: "Regardez donc, ce sont les photos de nos dernières vacances en PACA...!" et leurs amis s'enthousiasmer en disant: " C'est incroyable comme cela ressemble au Midi...!" Donc, c'est certain, PACA cela ne veut rien dire! Mais je viens de lire que le Président Vauzelle (est-ce vrai...?) parlait de lancer une consultation pour trouver un nouveau nom ! J'en ai les fesses dans les ronces ! Dites-donc un peu, comment appelle-t-on un type né à Dijon, Brest Metz ou Strasbourg ? Je ne crois ne pas me tromper en disant: Bourguignon, Breton, Lorrain et Alsacien. Et leurs régions se nomment Bourgogne, Bretagne, Lorraine et Alsace! ! Alors un autre type, né à Dignes, Manosque, Arles, Avignon, Marseille, Toulon Draguignan ou Nice comment pourrait-on le baptiser...? Une idée saugrenue me vient: Et si on disait Provençal ? Pas bête, non, Provençal ? Du coup on pourrait appeler la région administrative: Région Provence ! Voilà la porte était ouverte, il suffisait de passer la tête et de regarder ! Mais les choses les plus évidentes ne sont pas souvent retenues. En effet, il faut justifier de sa fonction, de son titre et de son bureau avec siège en cuir !
28 mai 2009 Obama, Dubois et Murakami
Depuis quelques jours, je suis d'assez mauvaise humeur lorsque je lis les nouvelles qui nous viennent d'Amérique. Je m'explique. Le formidable élan qui a porté Barrack OBAMA à la Maison Blanche semble avoir reçu un premier petit coup de couteau dans l'épaule. Pas vraiment dans le dos, non, juste l'épaule mais la lame s'est bien enfoncée. Il avait été annoncé qu'en cas de victoire des Démocrates, le camp de Guantanamo serait fermé et ses prisonnier redirigés vers des juridictions de droit commun. Et voilà que Barak revient sur sa parole. Il faudra garder quelques tribunaux "musclés" pour de pauvres gens qui, pour certains même s'ils sont effectivement mélangés avec de vrais terroristes, ne savent toujours pas ce qui leur est reproché. Alors, vous voulez mon avis ? Barrak Obama, il est comme Didier Drogba ! Même lorsqu'il semble se positionner à gauche sur le terrain, il glisse naturellement à droite ! Bon, voilà pour la mauvaise humeur. Sinon j'ai lu d'un trait "Une Vie Française" de Jean Paul Dubois (je sais, je retarde...) C'est une merveille. Par contre, mon pote Haruki Murakami (je suis un fan...) m'a fait un petit dans le dos avec son "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond". Nul à chier. Maintenant il est vrai que justifier de la complémentarité de la course à pieds et de l'écriture, c'était pas gagné !