Jeudi 9 Février
Salut à tous,
Pour ceux qui viennent pour la première fois, je m'autorise à expliquer le fonctionnement de ce site. Ci-dessous, sur cette page, quelques billets d'humeur lorsque l'actualité me force à jeter ma pantoufle dans la télévision, acte régulier qui me vaut les ricanements de mon épouse et mon désarroi tardif devant l'inutilité de ce geste ! Puis quelques autres onglets (ci-dessus) vers des pages où je parle de mon travail d'écrivain, des textes actuellement à la rédaction, des extraits, des photos, des vidéos etc.. Puis une page spéciale évoquant la lutte contre le tracé de la LGV (cliquez ici). Il s'agit ici d'un site consacré à la littérature mais il n'empêche que si l'on écrit c'est que l'on est témoin (et parfois, hélas, acteur...) de son temps ! Bonne lecture et bonne visite
Marc
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Billet d'humeur du 9 Février
La famille, les civilisations et d’excellents bouquins
Hier au soir, grosse ambiance au Cercle ! Le café était en ébullition, porté par les joutes verbales fortement alcoolisées des orateurs locaux. Deux sujets avaient élevé le débat (en décibels pas en qualité...). Le premier concernait « la défense du quotient familial ». Comme personne n’est en mesure de comprendre exactement cette disposition fiscale, elle nous a été expliquée avec force intervention télévisuelles par l’homme, de taille modeste et aux tics nerveux irrépressibles, qui préside aux destinées de notre nation. Pour simplifier (cet homme me semble avoir un talent certain pour les simplifications) il a « fusionné » le quotient familial et la famille. Le voilà donc en défenseur de la famille jusqu’à Lavaur (Tarn) ou ce pilier de la société française (la famille...) devait se trouver en grand danger pour justifier un déplacement couteux depuis Paris jusque dans ces campagnes où la contraception doit être un mal irréversible. Justin, le patron du Cercle, avait augmenté le son de la télévision (écran plat...) qui trône au dessus du comptoir depuis quelques mois et les choses se sont légèrement dégradées. Ernest le Pégot (cordonnier...), rapatrié d’Algérie détestant la moitié de l’univers, s’est cru obligé (en tant que membre de la section locale du FN...) de lancer à la cantonade : « Les arabes, ils ont pas besoin de ce nain pour penser à faire des gosses... » Après un (...court) silence, le groupe « Socialo Communiste Front de Gauche » de notre parlement composé de Captain Dan, Bert le Plombier et Kadour proposa au Pégot de se rapprocher des populations mâles grecques, non pour leur gestion de la dette souveraine du pays mais plutôt pour leurs préférences sexuelles supposées. L’intervention de Rosette, chômeuse et paradoxalement adhérente de l’UMP, mit un terme à l’affrontement verbal au profit du rire. Elle éleva sa voix nasillarde pour clamer : « Nicolas...il sait bien ce que c’est la famille, bande de bouseux ! Il a de l’expérience. Trois mariages et quatre enfants de trois lits différents... C’est pas de la famille çà ! ». Rires....
Le calme semblait revenu et disposé à perdurer lorsque, malheureusement, Kadour, originaire de Musulmanie du Nord et agrégé de philosophie, se prit au jeu dangereux d’expliquer la différence entre les civilisations et les sociétés. En effet, un autre homme de petite taille (que notre président adore puisqu’il peut lui parler sans avoir à lever la tête...), chef de la police et responsable de la propagande sur les terres du FN, a déclaré dimanche que toutes les civilisations n’étaient pas égales. Cette assertion, qui a même réussi à faire se plisser le front géant du maire de Bordeaux (en charge des emmerdements internationaux...) a fait, en ce début de semaine, la première des titres sur les télévisions nationales. De plus, un député originaire de Négrie Atlantique et donc à la peau fortement colorée s’est pris d’interpeller vivement le chef de la police sur ce sujet à l’Assemblée. Kadour, homme de culture mais peu diplomate, ne sentait pas, hier au soir, que la moitié du village étant composée de fils d’immigrés italiens ignorants de l’être, le sujet allait déraper. Il l’aborda pourtant avec l’aide de notre vieil instituteur, Mr Beaucomme : « Les civilisations, fit-il, ne le sont que pour envisager un type de « bonheur » social. Elles sont en cela égalitaires. Mais les sociétés qui s’installent dans ces civilisations sont toutes différentes. Il n’y a pas de degré de civilisation. Il y a des sociétés qui dérapent. La France en est l’exemple pour avoir assumé l’esclavage et le colonialisme longtemps après la mort de Voltaire et l’Allemagne le nazisme après celle de Goethe... » La première chaise à volé à cet instant, elle avait été lancée par Ernest le Pégot qui hurlait à tue-tête : « Voila bien les arabes, ils nous font des gosses pour toucher les allocs et en plus ils veulent nous enseigner l’histoire de l’Europe... » Heureusement que Mr Beaucomme (originaire de Lyon région fortement plus disciplinée que notre Midi...) se leva, les mains en l’air en signe d’apaisement : « Arrêtez les enfants (il dit toujours « les enfants » même pour ceux qui sont déjà grand-pères...) vous pensez comprendre alors qu’il ne s’agit que de la dégradation de votre information. On vous informe, vous pensez savoir...mais vous ne comprenez pas ce qu’on vous expose. Voilà le vrai problème de notre société : une information à la tonne et une compréhension minimale de la part de ceux qui la reçoivent ! Et vous ne pourrez jamais dire que vous ne le saviez pas... ! » Après un silence il prit le soin de conclure assez bizarrement : « Ouvrez vos cahiers et notez pour demain : rédaction en trois page « la différence entre savoir et comprendre »... Deux heures de colle pour ceux qui n’auront pas fait ce devoir... » Bon ! C’est vrai... Il part un peu « en vrille » en ce moment Mr Beaucomme. Mais, le sujet de la rédac’ n’était pas mal trouvé !
Allez, les bouquins maintenant. Début d’année morose. Tout me tombait des mains depuis Noël... Et puis quatre perles tombées de ma PAL (Pile de livres à lire...) et des perles internationales, s’il vous plait ! Le premier américain (italo américain...), Salvatore Scibona « La Fin » (Livre de Poche). Chroniques d’un quartier d’immigrés italien à Cleveland avec croisement de personnages et de familles plus vrais que nature sur un siècle. Lecture un peu lourde (écriture type Yourcenar...) mais plaisir extrême. Le second, japonais, Akira Yoshimura « Le Convoi de l’Eau » (Babel poche) chroniques d’un chantier dans une vallée japonaise pour l’édification d’un barrage qui va la noyer. Les habitants y vivent depuis la nuit des temps (il faut cinq semaines de marche pour rejoindre le site) dans l’harmonie, le travail et la compassion. Magnifique ! Le troisième, français, Sorj Chalandon « La Légende de nos Pères (Livre de Poche). Un ancien journaliste se consacre au métier de biographe des petites gens. Il va avoir comme client un homme qui va peu à peu avouer sa vie réelle sans les honneurs dont il se paraît. Superbe aussi ! Enfin, un serbe, Srdjan Valjarevic qui était installé en face de moi au Salon du Livre de Toulon en novembre et qui s’y ennuyait ferme après avoir reçu le Prix du Roman du Var. J’avais acheté son livre après une courte discussion que nous avions partagée sur les affres du métier de romancier et les salons... Dans son ouvrage « Côme » (Actes Sud) il se raconte (du moins je le suppose car le texte « renifle » fort l’auto fiction), dans une résidence d’écriture où il avait été invité par la Fondation Rockefeller au bord du lac. Il s’agit (encore) d’une chronique de ce mois passé dans une villa luxueuse ou il va, lui petit écrivain peu édité qui a du mal à payer son loyer à Belgrade, rencontrer des personnalités célèbres du monde des arts et des sciences, de tous pays, invitées elles aussi par le mécène. Portraits sans concession de gens hors du temps et de la société, très célèbres ou pensant l’être. Le héros qui ne se réclame d’aucune de ces deux familles et qui est sans le sou, n’écrit pas une ligne durant ce séjour qu’il consacre essentiellement à manger et à se saouler gratuitement !
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui et comme dit l’autre : « Banzaï ! »